Le juge fédéral Amit Mehta a rendu son verdict dans l'affaire opposant le ministère de la Justice des Etats-Unis à Google dans la nuit du 5 au 6 août. Il est sans appel : Google a enfreint les lois antitrust des Etats-Unis en constituant et maintenant un monopole dans la recherche sur Internet. Il a également abusé de sa position dominante dans la publicité liée à la recherche. Le procès avait eu lieu durant dix semaines en fin d'année dernière.
Ce jugement ne concerne que la culpabilité de l'entreprise dirigée par Sundar Pichai et ne comporte donc pas de sanctions ni de mesures correctives. Celles-ci seront décidées lors de la prochaine étape du processus légal. Dans le cas le plus extrême, Google pourrait être contraint de revendre une partie de ses activités. Un scénario catastrophique pour l'entreprise, qui tire près de 80% de ses revenus de la publicité en ligne.
L'accord avec Apple a été déterminant dans la décision
Google va évidemment faire appel de cette décision, et si ses concurrents, comme DuckDuckGo, se sont félicités du jugement, ils restent prudents. Au cœur de la décision, le juge a cité les accords que Google a passé avec les fabricants de smartphones pour s'assurer que son moteur de recherche soit celui sélectionné par défaut.
L'accord avec Apple a notamment eu un fort impact. Google lui octroie 36% de ses revenus publicitaires sur iOS, ce qui a représenté plus de 20 milliards de dollars en 2022. Eddy Sue, le dirigeant d'Apple en charge des services, a notamment témoigné "qu'aucune somme offerte par Microsoft ne pourrait convaincre Apple de choisir Bing par défaut". Pour le magistrat, même les plus grandes entreprises américaines n'ont pas d'alternative crédible à Google, et ces accords les découragent de chercher à développer des solutions concurrentes.
Pour la publicité liée à la recherche, Amit Mehta juge que les parts de marché de Google et ses accords d'exclusivité lui ont permis d'augmenter les prix au fil des ans sans aucune contrainte car il n'a pas de réel compétiteur. Cela lui a conféré des "revenus monopolistiques", qui lui ont ensuite permis d'assurer de nouveaux accords d'exclusivité imbattables par la concurrence.
Un monopole dans la recherche sur Internet depuis plus de 15 ans
Google pèse aujourd'hui près de 40% du marché mondial de la publicité en ligne, loin devant Meta (environ 20%). Un statut qui s'appuie sur ses services et produits à succès, comme le système d'exploitation Android ou la plateforme vidéo YouTube, mais surtout sur son moteur de recherche et le Réseau Google constitué au fil des ans avec des sites partenaires. Le moteur de recherche totalise plus de 90% de parts de marché en 2024. Un monopole écrasant, mais surtout pérenne puisqu'il dure depuis plus de 15 ans. Google avait dépassé Yahoo début 2004, et possédait déjà 80% du marché en 2009.
La domination de Google dans la publicité s'est fortement accentuée avec son rachat de la régie DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars en 2007. Une acquisition qui avait inquiété la FTC tout comme les autorités de l'Union européenne, mais avait fini par être approuvée. De manière générale, les gouvernements Bush et Obama s'étaient montrés très indulgents avec les géants technologiques américains, balayant à l'époque les inquiétudes européennes comme de la simple jalousie.
Ce procès, débuté en 2020, a marqué le début d'un retour à la raison pour le ministère de la Justice des Etats-Unis. Sa dernière grande action avait été le procès contre Microsoft en 2000 à propos d'Internet Explorer, affaire qui a d'ailleurs été citée plusieurs fois dans le cas Google. D'autres procédures sont désormais en cours concernant Amazon, Apple et Meta, toujours sur des questions d'abus de position dominante. Google figurera également au centre d'un second procès antitrust qui débutera le 9 septembre en Virginie, cette fois uniquement sur la publicité en ligne.


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