“Nous espérons que les règles de contrôle des exportations permettront aux États-Unis de soutenir la concurrence en Chine et dans le monde” : dans un communiqué publié le 11 août, Nvidia s'est félicité d'être parvenu à un accord avec le gouvernement américain pour l'exportation de ses puces H20 dans l'Empire du Milieu. Une entente inédite, aux conditions quelque peu contraignantes.
Un système inédit de taxes à l'exportation…
Le géant des semi-conducteurs a en effet accepté de verser aux États-Unis 15% de son chiffre d'affaires sur ces produits. Ces GPU taillés pour l'IA sont déjà conçus spécifiquement pour le pays afin de contourner les restrictions mises en place par l'administration Biden. Craignant qu'ils ne servent à développer des technologies militaires, le gouvernement américain avait déclaré en avril que Nvidia aurait finalement besoin d'une licence d'exportation, empêchant leur vente.
Le mois dernier, Nvidia avait annoncé qu'à la suite d'échanges entre son patron Jensen Huang et Donald Trump, elle avait déposé des demandes de commercialisation pour les H20. “Le gouvernement américain a assuré à Nvidia que les licences seraient accordées, et Nvidia espère commencer les livraisons prochainement”, assurait la firme. Les premières licences d'exportation ont été délivrées le 8 août.
… qui pourrait rapporter 2 milliards de dollars au gouvernement américain
L'accord ainsi conclu concerne aussi AMD, qui versera 15% de ses revenus générés par les ventes de sa puce MI308, également touchée par les restrictions d'exportation vers la Chine d'avril dernier. À l'occasion d'une conférence téléphonique sur les résultats d'AMD début août, sa CEO Lisa Su avait constaté une diminution des résultats de ses activités liées à l'IA en grande partie à cause de l'arrêt des ventes de la MI308.
Malgré des royalties relativement élevées, les deux sociétés ont tout à gagner d'un tel accord : Nvidia a généré 17 milliards de dollars (14,5 milliards d'euros) de chiffre d'affaires dans l'Empire du Milieu en 2024, soit 13% de ses ventes, et AMD 6,2 milliards de dollars représentant 24% de ses ventes.
D'après le New York Times, le gouvernement américain pourrait percevoir à travers cet accord 2 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros), ce qui ne représente pas grand chose dans son budget. Cette taxe est par ailleurs contraire à la Constitution américaine : la neuvième section du premier article précise qu'“aucun impôt ni redevance ne seront prélevés sur les articles exportés depuis un Etat”. Mais cela fait partie de la nouvelle façon de faire qu'impose l'administration Trump depuis sa réélection.
Apple multiplie les investissements au pays de l'Oncle Sam
L'un des patrons de la tech les plus doués pour s'attirer les faveurs de Donald Trump est Tim Cook, le dirigeant d'Apple. Il avait déjà finement navigué son premier mandat et est bien parti pour le second. Fin mai, le président américain avait menacé Apple d'imposer des droits de douane de 25% si la production d'iPhone n'était pas relocalisée aux États-Unis. Une décision qui avait pris de court la marque à la pomme, dont la production reste très implantée en Chine, avec une diversion ces dernières années en Inde et au Vietnam justement pour éviter des droits de douane.
Donald Trump avait aussi évoqué de manière plus générale une exemption de taxes à condition de “fabriquer aux États-Unis”. Or, outre les années que prendrait une relocalisation, cela ne serait tout simplement pas viable pour Apple. Invité le 6 août au Bureau ovale, Tim Cook a fait plusieurs annonces qui ont porté leurs fruits. Il a tout d'abord déclaré qu'il investirait 100 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis sur quatre ans, portant le total des investissements à 600 milliards de dollars. Il a également annoncé le lancement d'un programme pour fabriquer sur le sol américain certains composants “stratégiques” des produits Apple.
En outre, 2,5 milliards de dollars seront investis dans la relocalisation complète aux États-Unis de la fabrication des verres de protection des iPhone et Apple Watch, dans une usine Corning du Kentucky. Pour couronner le tout, Tim Cook a offert à Donald Trump une plaque circulaire en verre Corning sur laquelle sont gravés le nom du président et la signature de Tim Cook avec la mention “Made in USA”, serti dans une base en or 24 carats. Apple espère que ces mesures seront suffisantes pour exonérer sa société de droits de douane supplémentaires. La firme s'attend à ce que les taxes en vigueur lui coûtent 1,1 milliard de dollars pour le troisième trimestre 2025.
Donald Trump s'en prend au patron d'Intel
C'est toujours sa méfiance envers la Chine qui a poussé Donald Trump à demander la semaine dernière la démission immédiate du patron d'Intel, Lip-Bu Tan, le soupçonnant de liens avec la Chine. En cause, l'envoi d'un courrier par le sénateur républicain Tom Cotton au conseil d'administration de la firme, accusant Lip-Bu Tan de contrôler “des dizaines d'entreprises chinoises”.
Tom Cotton l'accuse aussi de détenir “des parts dans des entreprises chinoises de semi-conducteurs et d'industrie avancée”, certaines d'entre elles ayant soi-disant des liens avec l'armée chinoise. Le CEO d'Intel a dénoncé dans un message envoyé à ses salariés des “informations erronées”. “En plus de 40 ans dans ce secteur, j'ai noué des relations dans le monde entier et au sein de notre écosystème diversifié, et j'ai toujours agi dans le respect des normes juridiques et éthiques les plus strictes”, a-t-il ajouté.
Intel étant déjà à la peine après des années d'errances en matière de R&D, elle ne peut se permettre d'être encore affaiblie par son propre gouvernement. Beaucoup pesait donc sur la rencontre prévue le 11 août entre Lip-Bu Tan et le président à la Maison-Blanche. Par chance, le CEO a su convaincre. Le président américain a décrit sur son réseau Truth Social un échange “intéressant”, soulignant “la réussite et l'ascension extraordinaire” du CEO d'Intel. Il a précisé que Lip-Bu Tan et son cabinet allaient “passer du temps ensemble et [lui] faire part de leurs suggestions la semaine prochaine”.
Difficile, pour l'heure, de savoir ce qui se trame derrière ces recommandations. Intel a cependant tout à gagner en rappelant qu'il est la seule alternative 100% américaine à TSMC et Samsung pour la fabrication de puces électroniques de pointe.


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