Antitrust : Microsoft, Nvidia et OpenAI dans le viseur des autorités américaines

Les autorités fédérales de régulation américaines ont conclu un accord leur permettant de mener des enquêtes antitrust sur les rôles dominants que jouent Microsoft, Nvidia et OpenAI dans le secteur de l'intelligence artificielle. 

 

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Le ministère de la Justice américaine (DoJ) et la Federal Trade Commission se sont mis d'accord pour se répartir la responsabilité d'enquêter sur trois acteurs majeurs de l'industrie de l'intelligence artificielle. Dans leur viseur : Microsoft, Nvidia et OpenAI. Les deux autorités se répartissent les enquêtes de la manière suivante : la FTC sera principalement chargée d'examiner le comportement de Microsoft et d'OpenAI – et l'investissement de 13 milliards de dollars liés – dans le secteur de l'intelligence artificielle tandis que le ministère de la justice prendra la tête de l'enquête visant à déterminer si le comportement de Nvidia, le plus grand fabricant de puces d'intelligence artificielle, a violé les lois antitrust.

L'accord conclu marque l'intensification de l'examen de l'IA par les deux autorités. Ces dernières ont été au premier plan des efforts de l'administration Biden pour limiter le pouvoir des plus grandes entreprises technologiques. Reuters rapport qu'en 2019, après un accord similaire, le gouvernement a enquêté sur Google, Apple, Amazon et Meta et a depuis poursuivi chacun d'entre eux pour violation des lois anti-monopoles.

Les trois entreprises sous le feu des projecteurs depuis plus d'un an

Si Microsoft, Nvidia et OpenAI ont – jusqu'à présent – largement échappé au regard inquisiteur des autorités de régulation, il semble aujourd'hui que le vent ait tourné. En juillet 2023, la FTC a ainsi ouvert une enquête sur OpenAI et ChatGPT, lui adressant plusieurs demandes écrites. Parmi celles-ci, la communication d’une liste exhaustive des plaintes qu’elle a reçues de la part de consommateurs concernant des informations "fausses, trompeuses, dénigrantes ou préjudiciables" sur des personnes. L’agence s’intéresse aussi aux données d’entraînement ingérées par ChatGPT et à la tendance du modèle à "halluciner" lorsqu’il ignore la réponse à une requête.

En janvier, l'autorité est revenue à la charge, s'intéressant cette fois-ci à Alphabet, Amazon, Anthropic, Microsoft et OpenAI qui ont tous reçu des injonctions. L'enquête vise à obtenir "une meilleure compréhension interne de ces relations et de leur impact sur le paysage concurrentiel", affirme la FTC. "Alors que les entreprises se lancent dans une course au développement et à la monétisation de l'IA, nous devons nous prémunir contre les tactiques qui verrouillent cette opportunité", a déclaré Lina M. Khan, présidente de la FTC. "Notre étude permettra de déterminer si les investissements et les partenariats poursuivis par les entreprises dominantes risquent de fausser l'innovation et de nuire à la concurrence loyale." Seul Nvidia est réellement passé entre les gouttes jusqu'à présent.

Nvidia, acteur omniprésent sur le marché de l'IA générative

L'intérêt croissant des entreprises et du public pour l'IA générative a privilégié la montée en puissance de certains acteurs technologiques, à commencer par Nvidia. Longtemps avant le boom créé par l'arrivée de ChatGPT, la firme américaine s'était imposée comme la référence en matière d'accélérateurs IA. Ses parts de marché sont estimées entre 80% et 95%. Et Jensen Huang, CEO de la firme, n'a pas manqué de le confirmer lors de la publication des derniers résultats financiers. "Le calcul accéléré et l'IA générative ont atteint le point de bascule. La demande explose dans le monde entier à travers les entreprises, les industries et les nations".

Ainsi, la société a enregistré un chiffre d'affaires de 22,1 milliards de dollars pour le dernier trimestre, en hausse de 22% par rapport au précédent et de 265% par rapport à la même période l'année dernière. Sa capitalisation boursière a même explosé et dépassé les 3 000 milliards de dollars.

L'investissement de Microsoft dans Inflection AI également scruté

Pour couronner le tout, la FTC s'intéresse également à un autre rapprochement stratégique : celui de la start-up Inflection AI avec Microsoft. La firme de Redmond a conclu en mars un accord “de licence” de 650 millions de dollars avec la start-up, lui permettant d’utiliser ses modèles d’IA générative.

Dans le même temps, le géant débauchait la majorité de ses salariés et dirigeants. Le gendarme américain de la concurrence cherche donc à savoir si ce type d’accord, plutôt inhabituel, a été réalisé pour échapper à un contrôle antitrust et contourner les exigences en matière de divulgation des fusions.

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