N’entrez jamais dans la boutique de Devialet, rue Réaumur à Paris. Après avoir écouté leur dernier produit, toute chaîne hi-fi paraît bien fade. Avec le Phantom, un haut-parleur qui intègre l’amplificateur, le concepteur et fabricant de hi-fi très haut de gamme s’avance sur un nouveau marché, plus large que celui des riches passionnés. La gamme actuelle des amplificateurs propose une fourchette de prix allant de 5 000 à 23 000 euros. Vendu à partir de 1 690 euros, le Phantom donne plus facilement accès à l’incroyable qualité du son fourni par Devialet.
La start-up française avait déjà changé la donne dans le domaine des amplis en lançant en 2010 son premier modèle à technologie hybride, associant le meilleur du numérique et de l’analogique. En quelques années, elle est devenue un leader sur un marché très sélectif. Elle récidive avec le Phantom, qui a demandé plusieurs années de travail aux 40 ingénieurs (sur un total de 90 employés).
Il a fallu miniaturiser la partie électronique, qui conserve la technologie de base du constructeur, l’ADH (Analog Digital Hybrid) et repenser la manière de concevoir les haut-parleurs pour obtenir des ultra-graves dans une enceinte d’un volume d’à peine dix litres. Sans oublier de travailler sur le signal.
"Le Phantom est un produit qui ne devrait pas exister"
Pour Pierre-Emmanuel Calmel, directeur technique et cofondateur de Devialet, "le Phantom, c’est un produit qui ne devrait pas exister. Il a fallu réaliser des miracles sur chaque millimètre carré, condenser le meilleur ampli du monde et la meilleur enceinte, résoudre les problèmes de puissance et d’échauffement." Les fondateurs de Devialet paraissent arrogants… jusqu’au moment où ils font écouter leur dernier bébé. A ce moment, foin de la prouesse technologique, la qualité du son est renversante.
La technologie SAM (Speaker Active Matching) Processing et le HBI (Heart Bass Implosion) constituent les deux innovations majeures du Phantom. Le SAM est un traitement du signal qui permet de s’adapter aux caractéristiques du haut-parleur et de sa charge acoustique afin d’obtenir un alignement exact entre le signal sonore enregistré et l’onde de pression acoustique qui parvient aux oreilles de l’auditeur. Le SAM est calculé par le processeur se trouvant en amont du DAC (convertisseur numérique-analogique) et de la section d’amplification de puissance. Le HBI repose sur une enceinte close offrant un volume de six litres, capable de supporter une pression d’air vingt fois supérieure à celle que l’on trouve dans une enceinte traditionnelle, soit 174 dB SPL.
Pour parvenir à ces résultats, Devialet a embauché des ingénieurs venus de l’industrie automobile, spécialisés dans les pompes à injection, dans la modélisation de la déformation des matériaux et dans l’assemblage de dispositifs sous haute pression. Mais également des experts en micromécanique, spécialisés dans la conception et la fabrication de pièces de métal de haute précision pour l’industrie horlogère. Le Phantom ne contient aucun câble et il ne comprend que dix modules à assembler au moment de sa fabrication. Afin d’assurer l’étanchéité du système, le joint est compressé par une force de plus d’une tonne.
95% de la valeur ajoutée réalisée en France
Concrètement, le Phantom est relié en Wi-Fi, en ethernet ou en CPL à la source de la musique (lecteur de CD, baladeur numérique, smartphone…). Il peut être utilisé seul, par deux, par quatre ou par huit. Produit exceptionnel, on pourra trouver deux défauts au Phantom. Il n’accepte pas de source analogique, on ne peut donc pas écouter ses disques vinyle. Et de par sa conception intégrée, la multiplication des enceintes multiplie le prix mathématiquement. Il faudra donc compte 3 679 euros pour profiter de la stéréo (les deux systèmes doivent être reliés par une sorte de routeur Wi-Fi vendu 299 euros.)
Conçu par Devialet, le Phantom est fabriqué en France, vraiment : 95% de la valeur ajoutée provient de l’Hexagone. Onze sites participent à la fabrication. "La conception et la fabrication en France sont un gage de rapidité de développement et de fiabilité du produit fini, argumente Quentin Sannié, PDG de Devialet. Nous avons développés nos propres lignes de production pour les haut-parleurs en aluminium.", à l’usine de Devialet de Châtelet-en-Brie (Seine-et-Marne) près de Fontainebleau.
La coque est réalisée dans le Val-de-Loire, la flasque en acier par Guy Degrenne. Avec une capacité de production d’un système toutes les deux minutes, Devialet ne risque pas de se trouver en rupture. "L’objectif est de vendre 2 500 Phantom par mois, reconnaît Quentin Sannié. Avec 25 millions d’euros investis dans le produit, il faut un marché suffisamment important". Avec un chiffre d’affaires 2014 qui devrait se situer à environ 12 millions d’euros, Devialet n’est pas encore rentable, mais l’équilibre est attendu pour 2015.
Patrice Desmedt


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