Bouygues Telecom, Free et Orange veulent racheter conjointement SFR, Altice rejette l'offre

Les trois groupes ont déposé une offre conjointe à 17 milliards d'euros pour racheter le numéro 2 des télécoms. L'opération, qui aurait amené à une consolidation du secteur jamais observée depuis l'avènement de Free en 2012, a été “immédiatement rejetée” par la direction d'Altice.

Siège SFR Saint Denis
Siège SFR Saint Denis

Assistera-t-on à un retour au ménage à trois dans le secteur français des télécoms ? Rien n'est moins sûr. Bouygues Telecom, Free et Orange ont annoncé le 14 octobre l'émission d'une offre conjointe de reprise de “la plupart des actifs de l'opérateur SFR” pour un montant de 17 milliards d'euros. Les négociations n'auront pas duré longtemps : dans un message envoyé ce 15 octobre aux salariés, Arthur Dreyfuss, PDG d'Altice, a indiqué que l'offre était “immédiatement rejetée”.

43% des actifs pour Bouygues Telecom, 27% pour Orange

L'offre prévoyait que Bouygues Telecom s'empare de 43% des actifs de l'opérateur au carré rouge, Free-Iliad 30% et Orange 27%. Plus particulièrement, Bouygues Telecom aurait repris “principalement” l'activité B2B avec Iliad, tandis que l'activité B2C, les infrastructures et fréquences auraient été partagés entre les trois opérateurs. Seul le réseau mobile de SFR en zone non dense serait revenu exclusivement à Bouygues Telecom.

À noter que la proposition de rachat excluait les participations dans les sociétés Intelcia, UltraEdge (qui opère les sites d'hébergement de SFR), XP Fibre et Altice Technical Services, tout comme les activités d'Altice en outre-mer. Les actifs auraient été transférés dans une “société commune pendant une période de transition permettant notamment la migration progressive des clients”.

Une valorisation bien inférieure aux attentes de Patrick Drahi

Les trois groupes télécoms avaient précisé n'avoir “aucune certitude à ce stade que cette offre indicative puisse aboutir à un accord”, avant qu'elle ne soit rejetée en bloc par la direction d'Altice quelques heures plus tard. Se basant sur des “informations publiques et des estimations des notes d’analystes pour une partie des actifs non visés par l’offre”, Bouygues, Iliad et Orange avaient estimé la valorisation totale d'Altice France à 21 milliards d'euros. Un montant bien en-deçà des 28 milliards d'euros attendus par son PDG, Patrick Drahi.

La proposition intervient dans un contexte particulier pour Altice France, qui a récemment vu son plan de restructuration validé par le Tribunal des activités économiques de Paris. Depuis le 1er octobre, la dette du groupe est ainsi passée de 24 milliards à 15,5 milliards d'euros, en échange d'une cession de 45% du capital et du paiement d'1,6 milliard d'euros en cash à ses créanciers. Craignant une vente à la découpe et ses conséquences sur l'emploi, syndicats et élus du personnel entendaient faire appel. Une audience est prévue en ce sens le 4 novembre.

Bercy veille au grain

Si la proposition de rachat avait été acceptée puis approuvée par les autorités chargées de la concurrence, elle aurait amené à une consolidation inédite, ramenant le marché à trois acteurs. Une situation jamais observée depuis 2012, date de l'arrivée de Free pour les consommateurs mobiles. Le nouveau ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a indiqué ce matin sur RTL qu'il serait “extrêmement vigilant” sur “l'impact sur le prix des consommateurs et l'impact sur la qualité de service” si SFR venait à être racheté.

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