Après l'audiovisuel et la musique, au tour de la presse de questionner l'impact de l'intelligence artificielle générative sur son secteur d'activité. Moins d'un mois après que Google a présenté à plusieurs grands journaux américains un outil d'IA générative capable d'écrire des articles, plusieurs entreprises de presse ont signé une lettre ouverte en guise d'alerte.
Parue le 10 août, celle-ci a été écrite par dix signataires qui comptent parmi les organisations les plus influentes de la presse internationale : l'Agence France-Presse (AFP), la European Pressphoto Agency, le European Publishers’ Council, Gannett (USA Today Network), Getty Images, la National Press Photographers Association, la National Writers Union, la News Media Alliance, The Associated Press et The Authors Guild. On notera la présence de nombreux acteurs de la photographie, eux aussi affectés par le succès d'outils tels que DALL-E et Midjourney.
Des modèles commerciaux "sapés"
"Nous, les organisations soussignées, soutenons l'avancement responsable et le déploiement de la technologie d'IA générative tout en estimant qu'un cadre juridique doit être développé pour protéger le contenu qui alimente les applications de l'IA et maintenir la confiance du public dans les médias qui promeuvent les faits et alimentent nos démocraties", peut-on lire dans ce courrier adressé autant aux régulateurs du monde entier qu'aux leaders de l'intelligence artificielle.
Ligne après ligne, le texte soulève plusieurs interrogations existentielles pour un écosystème médiatique qui se dit "menacé". Parmi les principaux griefs, celui de la désinformation. Les outils d'IA générative tels que Chat-GPT sont régulièrement critiqués, voire poursuivis au regard du RGPD, pour diffuser de fausses nouvelles, compliquant ou décrédibilisant ainsi le travail de journalistes.
Surtout, les organismes de presse estiment être floués, les grands modèles d'intelligence artificielle étant constamment entraînés sur la base de leurs contenus, sans qu'aucun consentement n'ait été donné. Et sans qu'aucune rémunération n'ait été prévue. "De telles pratiques sapent les principaux modèles commerciaux de l'industrie des médias, qui reposent sur le lectorat et l'audience (comme les abonnements), les licences et la publicité", écrivent les signataires, qui estiment que la diversité des médias et leur viabilité financière s'en retrouvent "minées".
Des négociations sur l'usage de la propriété intellectuelle
Afin de rééquilibrer la balance et d'accueillir de façon juste le boom de l'IA générative, les dix organismes de presse dressent une liste de recommandations. En premier lieu, ils exigent davantage de transparence quant aux données utilisées par les sociétés comme OpenAI pour entraîner leurs systèmes. Ils demandent à ce titre qu'on requiert auprès d'eux un accord, à négocier, pour la cession éventuellement rémunérée de leur propriété intellectuelle.
Enfin, l'AFP et consorts estiment que les internautes qui rencontrent en ligne des contenus générés via l'intelligence artificielle doivent être avertis. D'autant que Bard, Chat-GPT, Claude et les autres robots conversationnels ont été conçus avec des biais qui peuvent exacerber leurs tendances à la désinformation. Les signataires de la lettre demandent d'ailleurs que le secteur de l'IA travaille à l'élimination de ces biais et de ces fake news.
L'écosystème médiatique pourra-t-il compter sur les arsenaux législatifs en préparation aux quatre coins du monde ? L'Union européenne, qui adoptera probablement l'AI Act avant la fin de l'année, pourrait reprendre à son compte certaines des suggestions évoquées dans cette lettre ouverte. En plus d'évoquer avec intérêt ce type d'initiative réglementaire, les signataires saluent en attendant les initiatives communes plus sectorielles de ces fers de lance de l'IA qui disent vouloir participer à leur propre régulation.


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