DJI débouté par la justice américaine de sa demande de retrait d'une liste de sociétés liées à l'armée chinoise

Alors que le constructeur de drones est menacé par un projet de loi prévoyant l'interdiction de ses ventes sur le sol américain, un juge fédéral a rejeté ses arguments selon lesquels il ne serait pas lié au complexe militaro-industriel chinois.

DJI Agras T20
DJI Agras T20

C'est une liste sur laquelle le constructeur chinois de drones DJI se serait bien gardé de figurer : depuis 2022, le département de la Défense, aux Etats-Unis, considère qu'il s'agit d'une entreprise collaborant avec les intérêts militaires chinois. Or, contester cette classification n'a pour l'heure pas porté ses fruits. Vendredi 26 septembre, le juge fédéral américain Paul Friedman a rejeté une procédure judiciaire lancée par DJI en 2024, arguant que le Pentagone avait fourni des "preuves substantielles" que le constructeur contribuait effectivement "à la base industrielle de défense chinoise".

DJI conteste la décision

D'après l'agence de presse britannique Reuters, la société qui commercialise des drones à destination du grand public et des entreprises a fait savoir, vendredi, qu'elle contestait le bien-fondé de cette décision de justice. Elle a répété qu'elle "n'est ni détenue ni contrôlée par l'armée chinoise" et que "le département américain de la Défense reconnaissait lui-même que DJI fabriquait des drones grand public et commerciaux, et non des drones militaires". Elle a enfin affirmé être en train d'évaluer les options à sa disposition, afin éventuellement de faire appel.

Le Pentagone n'est toutefois pas la seule administration américaine à avoir inscrit DJI sur une liste de firmes soupçonnées d'être liées aux intérêts militaires chinois. Dès 2021, le département du Trésor avait considéré que le constructeur chinois appartenait aux "entreprises du complexe militaro-industriel chinois", la plaçant de facto sur une liste noire interdisant à tout citoyen américain d'y investir. DJI et d'autres entreprises étaient alors notamment soupçonnées d'être impliquées dans la surveillance des Ouïghours, une communauté musulmane persécutée en Chine.

Une menace plus grave sur les ventes

Mais c'est sur un autre conflit impliquant des violations de droits humains que s'est appuyé Paul Friedman pour rendre sa décision : la guerre en Ukraine, dans le cadre de laquelle la Chine soutient la Russie de Vladimir Poutine. Le juge fédéral a rappelé que des drones DJI modifiés étaient très utilisés par les soldats russes afin de mener des opérations militaires sur le sol ukrainien. "Que les politiques de DJI interdisent ou non l'utilisation militaire n'a aucune importance. Cela ne change rien au fait que la technologie de DJI a des applications militaires substantielles, tant sur le plan théorique que pratique", a-t-il conclu.

Une décision qui n'aidera pas DJI à conserver ses activités aux Etats-Unis, alors que celles-ci sont menacées plus largement par un projet de loi républicain prévoyant l'interdiction de la vente de drones DJI et Autel Robotics, une autre société chinoise, à compter de décembre 2025. Comme l'a raconté récemment le quotidien américain The New York Times, il faudrait pour éviter cela qu'une agence de sécurité nationale décide officiellement que ces drones "ne présentent pas de risque inacceptable pour la sécurité nationale des États-Unis". Or, pour l'heure, aucune agence n'a officiellement été chargée du dossier.

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