Google en a soupé des tactiques de Microsoft pour pousser les entreprises à choisir sa plateforme cloud Azure plutôt que celle des concurrents. L'entreprise de Sundar Pichai a déposé une plainte mardi 24 septembre au soir auprès de la Commission européenne afin de faire cesser ce qu'elle considère comme un abus de position dominante.
Un abus de position dominante sur le marché des OS pour serveurs
"Nous avons exploré toutes les voies qui s'ouvraient à nous avant de nous résoudre à déposer cette plainte," déclare Amit Zavery, VP, GM et Head of Platform de Google Cloud. En cause : des pratiques que Google juge anticoncurrentielles et qui concernent le transfert de licences permanentes "on-premise" vers le cloud. Selon Google, Microsoft s'appuie tout particulièrement sur sa position dominante dans l'IT d'entreprise avec Windows Server, qui représenterait plus de 70% des systèmes d'exploitation pour serveurs.
"Par le passé, une entreprise qui possédait des licences Windows Server pouvait utiliser le matériel qu'elle souhaitait, qu'il s'agisse de serveurs Dell, HP, Lenovo ou d'un service d'hébergement externe quelconque. Mais lorsque Microsoft s'est lancé sérieusement dans le cloud d'infrastructure, il a commencé à imposer des restrictions pour favoriser Azure face à la concurrence, poursuit Amit Zavery. Cela se traduit par des choix plus limités et des coûts plus élevés pour les clients."
Une majoration de 400% pour les plateformes concurrentes
Amit Zavery pointe du doigt l'année 2019 comme un point de bascule majeur, avec l'adoption par Microsoft de nouvelles conditions de licence imposant des surcoûts aux entreprises souhaitant utiliser le logiciel Windows Server sur les principales plateformes concurrentes d'Azure : Amazon Web Services, Google Cloud et Alibaba Cloud. Concrètement, un client souhaitant utiliser AWS ou Google Cloud se voit appliquer une majoration de prix de 400%, et ce sans justification technique.
D'autres barrières ont été hissées depuis, dont notamment des délais dans l'application des correctifs de sécurité. Google ne se prive pas de souligner la "culture de sécurité inadaptée" de son concurrent, l'utilisation d'un unique fournisseur représentant un risque accru pour l'économie européenne d'après lui.
Eviter une capture massive du marché par Microsoft
Google se positionne donc en chevalier blanc, déposant une plainte pour le bien de l'écosystème de manière générale. L'entreprise assure avoir le soutien de nombreux clients, même si la plainte est déposée en son seul nom. Pour convaincre les instances européennes, elle avance que ces pratiques anticoncurrentielles font perdre "au minimum un milliard d’euros par an aux organisations européennes." Elle ne chiffre pas son propre manque à gagner, soulignant juste que tout le monde est perdant, y compris les fournisseurs de cloud européens comme OVHcloud ou Scaleway.
En référence à l'accord récemment trouvé par Microsoft avec l'association CISPE, qui avait déposé une plainte contre Microsoft auprès de la Commission européenne, Amit Zavery rétorque que "cela n'a rien réglé et les principaux concurrents d'Azure ont été exclu de l'accord". Il insiste sur le fait que la posture de Microsoft en matière de licences n'a fait qu'empirer au fil des ans et que de nouvelles dispositions qui doivent entrer en vigueur l'année prochaine la rendront pire que jamais.
Si la plainte arrive maintenant, c'est aussi parce que de nombreuses entreprises européennes s'apprêtent à migrer leur IT vers le cloud, d'après Google, et qu'il souhaite empêcher une capture massive du marché par Microsoft. Après sa prise de position concernant Teams et son inclusion par défaut dans Office 365, on peut gager que la Commission européenne sera sensible à ces arguments.
Mise à jour à 17h00. Microsoft nous a communiqué une réponse par e-mail : "Microsoft a trouvé un accord pour répondre à des préoccupations similaires soulevées par des fournisseurs de cloud européens, alors que Google espérait que ces derniers poursuivent le contentieux. N'ayant pas réussi à convaincre les entreprises européennes, nous pensons que Google ne réussira pas non plus à convaincre la Commission européenne."


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