"L'IA révolutionne la guerre, qui n'est plus un simple affrontement des volontés, mais de plus en plus une dialectique des algorithmes". Cette phrase, prononcée par Sébastien Lecornu, ministre des Armées, ce 4 septembre, montre la volonté du Ministère de s'affirmer sur un terrain nouveau avec l'ambition d'intégrer cette technologie dans l'ensemble de ses activités. Et justement, l'inauguration de son premier supercalculateur classifié ASGARD, dédié à l’intelligence artificielle, décrit comme "le plus grand supercalculateur classifié d'Europe, qui est aussi le troisième plus grand supercalculateur classifié au monde" est un message fort.
Tout - ou presque - réside donc dans cette particularité qu'il n’est pas connecté à internet et sa maintenance est réalisée par des citoyens français habilités au secret de la défense nationale. Ce monstre exascale doit servir l'ambition nationale, à savoir "d’accélérer le développement et la production à grande échelle des technologies de l’IA au service des armées". Avec, l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de Défense (AMIAD) compte couvrir l’ensemble des usages de l’IA de défense : l’IA embarquée, l’IA des opérations et l’IA organique, au bénéfice des armées, directions et services du ministère.
1024 puces de dernière génération au coeur du réacteur
"Notre stratégie vise ensuite à démultiplier notre puissance de calcul", a rappelé le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, à l'occasion de l'inauguration du supercalculateur qui vient de lui être livré. Et sur ce point, c'est un véritable saut en avant en matière de supériorité opérationnelle et un bon point pour la souveraineté : jusqu'ici, le ministère exploitait 200 puces d'ancienne génération. "Le nouveau supercalculateur contient à lui seul 1024 puces de la toute dernière génération, chacune trois à 15 fois plus performantes et puissantes que les précédentes". Pour des raisons évidentes, sa puissance exacte n'est pas rendue publique.
Le projet "réalisé dans les temps, en dépit de délais très ambitieux, certains ou d'aucuns disaient irréalistes et de fortes tensions, on le sait, d'approvisionnement", comme le précise le ministre, a vu le jour en mars 2024 lors de l'annonce de ce dernier concernant l’acquisition d’un supercalculateur dédié à l’IA de défense.
HPE, maître d'oeuvre du projet
En octobre de la même année, le contrat est passé avec HPE et Orange. Et ce projet est un défi de taille, autant pour l'armée que pour les maîtres d'oeuvre associés. Pour Neil MacDonald, executive vice president & general manager HPE server business, l'inauguration d'ASGARD hier n'est qu'une preuve supplémentaire – s'il en fallait – de la capacité du géant américain à s'adapter à la demande. "C'est important d'avoir les compétences de livraison, de soutien, d'accompagnement, de gestion de tels systèmes comme nous le faisons depuis des années à l'échelle."
Et à en croire Neil MacDonald, il n'y a pas de doute quant aux compétences de la firme américaine : "Il n'y a que trois systèmes exascale dans le monde et HPE, avec nos partenaires, a construit et livré ces trois". Et aujourd'hui, le supercalculateur de l'Amiad, construit dans l'usine d'assemblage de la firme à Kutna Hora, à quelques dizaines de kilomètres de Prague, confirme l'aptitude de HPE à tenir des délais aussi serrés.
Désormais, nous voici dans la phase clé de la livraison du supercalculateur sur le site du Mont-Valérien, à Suresnes. Opéré par l'AMIAD, appuyée par le Commissariat au numérique de défense (CND), le supercalculateur sera pleinement opérationnel en novembre prochain. Il sera exclusivement opéré par des personnels habilités au secret de la défense nationale.
L'IA, arsenal militaire dernier cri
Les objectifs de l'appareil sont clairement définis : répondre aux besoins opérationnels des forces au travers de nombreuses applications, comme entraîner des modèles fondamentaux spécifiques afin de mieux exploiter des données de toute nature - classifiées comme "non protégées" à des fins de renseignement, comme par exemple l'analyse de données d'origine électromagnétique. La direction du renseignement militaire et la Direction générale de la sécurité extérieure en seront les grands bénéficiaires, assure le ministre des Armées.
Et le rôle du supercalculateur ne s'arrête pas là puisqu'il servira également à "renforcer la capacité de nos fameuses oreilles d'or à écouter, dissocier, reconnaître, discerner les sous-marins en mer pour gagner la guerre acoustique indispensable à la permanence de notre dissuasion nucléaire".
La France a tous les atouts
A la question de savoir si l'Hexagone est bien placé dans la course à l'intelligence artificielle, Neil MacDonald confirme que "la France a tous les atouts pour assurer à la fois l'indépendance et la souveraineté, mais également la relance et la compétitivité et représente un pays phare en Europe". Selon lui, c'est une combinaison de plusieurs facteurs que sont l'énergie, la vision et l'alignement stratégique à la fois économique et de sécurité vis-à-vis de l'IA, le tout mêlé à des politiques favorisant ce développement qui mènent le pays à cette place.
Alors, pour reprendre les mots de Sébastien Lecornu, la France peut-elle "atteindre la gerboise bleue de l'IA" ? Posséder en propre ces capacités de calcul renforce de toute évidence la souveraineté de la France et la maîtrise du ministère des Armées pour le déploiement de services IA au profit des forces et programmes d’armement. Et dans un contexte géopolitique aussi incertain qu'aujourd'hui, le pays semble mieux armé que jamais pour répondre aux conflits de demain.


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