Jensen Huang, le patron de Nvidia, déclare que "la Chine va gagner la course à l'IA" grâce à une moindre régulation

De passage à Londres, le patron de Nvidia a salué la stratégie de Pékin en matière d'accompagnement du secteur de l'intelligence artificielle. Un commentaire à replacer dans le contexte de la récente confirmation par le gouvernement américain de l'interdiction pour Nvidia de vendre ses derniers produits en Chine.

Jensen Huang CEO Nvidia à Computex
Jensen Huang CEO Nvidia à Computex

Jensen Huang est de ces hommes d'affaires américains capables de dire, dans le même souffle, que l'Occident a "besoin de davantage d'optimisme" mais que "la Chine va gagner la course à l'intelligence artificielle". A l'occasion du Future of AI Summit, un événement organisé par le quotidien britannique The Financial Times mercredi 5 novembre, le patron de Nvidia, lequel vient de dépasser les 5000 milliards de dollars de capitalisation boursière, a donné son avis sur la rivalité technologique sino-américaine.

Moins de régulation, de l'électricité "gratuite"

Selon lui, les Etats-Unis, et plus largement l'Occident, seraient freinés dans la course à l'IA par le "cynisme". Comprendre : une régulation du secteur trop forte à son goût. Aux Etats-Unis, il redoute que "50 nouvelles réglementations" voient le jour prochainement et viennent perturber ses affaires et celles de ses nombreux clients, tandis que la Chine serait davantage dans une posture de "laissez-faire". "Nous avons besoin de davantage d'optimisme", a donc lancé Jensen Huang à son audience londonienne.

L'homme du moment a également évoqué la question, centrale, de l'énergie, qui doit alimenter des centres de données toujours plus gourmands, à mesure que l'intelligence artificielle se déploie auprès du grand public et au sein des entreprises. Selon lui, la Chine a mieux compris le problème que le reste du monde. "L'électricité est gratuite" là-bas, a-t-il exagéré, en référence aux subventions énergétiques accordées par Pékin à plusieurs grands centres de données gérés par des géants chinois comme ByteDance, Alibaba et Tencent.

Faire pression sur l'administration américaine

Jensen Huang souhaite-il vraiment préserver la courte avance dont disposent encore selon lui les Etats-Unis sur la Chine dans ce marathon technologique ? Ou est-ce que ce discours un brin alarmiste ne serait pas plutôt un moyen de batailler pour les intérêts de son entreprise ? En effet, les subventions énergétiques chinoises permettent aux entreprises locales d'utiliser sans peine des alternatives aux puces de la société américaine qui, bien que moins efficaces sur le plan énergétique, peuvent être achetées en plus grand nombre.

Surtout, le patron de Nvidia entend grâce à cette prise de parole faire pression sur l'administration américaine, qui a confirmé le jour-même qu'elle n'autoriserait pas la vente de ses puces Blackwell, c'est-à-dire les plus avancées de l'entreprise, à des sociétés chinoises. Jensen Huang voit en ce marché en plein essor un astronomique manque à gagner pour sa société, qui en possédait 95% avant 2022 et les premières restrictions américaines sur l'exportation de semi-conducteurs.

Il a d'ailleurs clarifié ses propos par la suite dans une communication officielle de son entreprise, soulignant que la Chine n'a que des "nanosecondes de retard" sur les Etats-Unis en matière d'IA et "qu'il est vital que l'Amérique gagne en allant vite plus et séduisant les développeurs à travers le monde." Comprendre : en laissant Nvidia leur vendre ses produits.

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