L’Usine Digitale : Il vous reste encore des ingénieurs après le récent accord avec Google ? Ils vous avaient déjà racheté la quasi-totalité de vos équipes de conception de smartphones pour renforcer leur division Pixel il y a quelques années...
Shen Ye : C’est un accord très différent cette fois-ci. Beaucoup de choses avaient été transférées lors du deal pour les Pixel, mais dans le cas présent nous les laissons juste acquérir quelques personnes et nous leur donnons accès à quelques IP sous licence pour les aider à construire l’équipe Android XR et aider l’industrie XR dans son ensemble. C’est un accord gagnant-gagnant. Ils n’ont pas acheté l’activité Vive.
Vous aviez finalement choisi de ne pas rejoindre l’écosystème Daydream en 2017, et il s’était rapidement essoufflé. Quelle est votre perspective concernant Android XR aujourd’hui, en sachant que vous avez votre propre plateforme Viverse ?
Nous sommes toujours heureux d’accueillir de nouveaux venus dans le secteur. Ca aide tout le monde. Lorsque l’Apple Vision Pro est sorti cela a attiré beaucoup d’attention sur le milieu XR, et cela a contribué à faire croître le marché professionnel pour nous car les gens se sont rendus compte que ce n’était pas forcément un appareil adapté au monde de l’entreprise, contrairement à nos produits. Et puis Viverse est aussi cross-platform. Il tourne dans un navigateur, et donc dans à peu près n’importe quel appareil : casque VR, ordinateur Windows ou Mac, iPad... Et nous allons continuer de l’étendre à d’autres plateformes.
Quel est l’état du marché professionnel aujourd’hui ? Vous constatez une bonne croissance ? Car du côté grand public cela semble un peu moribond...
Le marché pro a définitivement connu une forte croissance et continue de croître. Du côté du divertissement hors domicile (Location-based experience) par exemple, et pas seulement pour des jeux mais aussi des expositions artistiques. Prenez une entreprise comme Excurio par exemple, qui fait des choses extraordinaires. Leur expérience sur les pyramides d’Egypte à Montréal a vendu 250 000 billets quasi-instantanément, et même chose à Shanghai. Au total il ont eu je ne sais combien de millions de visiteurs à date, c’est un énorme succès. La France tout particulièrement est l’un des plus grands marchés pour la réalité virtuelle, en particulier dans le monde de l’entreprise.
Vous avez des exemples de cas récents ?
Nous avons eu un déploiement chez Nissan à Tokyo récemment où ils utilisent une vingtaine de casques pour faire des revues de conception immersives et collaboratives, et ils ont également adopté notre technologie de 5G privée G-Reigns pour avoir une meilleure couverture réseau. Nous essayons d’apporter de la valeur en fournissant une solution complète à nos clients. Il y a aussi toujours beaucoup de déploiements pour la formation professionnelle, notamment pour les pompiers ou les forces de l’ordre. Sur le salon nous avons notre partenaire Dassault Systèmes qui utilise la réalité virtuelle pour contrôler l’installation d’une ligne de production, et c’est une démonstration multi-utilisateurs où un formateur guide plusieurs apprenants.
Avez-vous d’autres exemples de clients européens ?
Oui nous en avons beaucoup. Quasiment tous les constructeurs automobiles utilisent du matériel HTC Vive pour leurs revues de conception, et ils s’intéressent désormais à l’aspect multi-utilisateurs. Dans le secteur bancaire, le Crédit Agricole utilise des Vive XR Elite pour former ses employés au guichet à la résolution de conflit. J’étais chez eux à Paris l’année dernière pour comprendre leurs besoins et les aider dans leurs objectifs.
Quel accueil reçoit votre nouveau casque, le Vive Focus Vision ?
Il reçoit un très bon accueil. Comme vous le savez, nous l’avons conçu non seulement pour être meilleur mais aussi pour qu’il puisse remplacer tous nos produits existants. Certains de nos clients ont toujours des casques d’il y a huit ans, et la technologie a énormément évolué depuis lors. Cela leur permet de se mettre à jour et de profiter des dernières technologies : eye tracking, ajustement automatique de l’IPD, DisplayPort pour les clients dont les usages demandent beaucoup de puissance... Ils ont tous commencé à migrer vers le Focus Vision.
Quelles sont les attentes en matière de résolution ? Dassault Systèmes, dont vous parliez plus haut, vient d’annoncer un partenariat avec Apple et son Vision Pro. Chez les constructeurs automobiles notamment, la fidélité visuelle est très importante pour tout ce qui touche à la qualité perçue. Ca n’a pas été une priorité pour le Focus Vision, mais est-ce que c’est un besoin dont vous font part les clients ?
Nous regardons en permanence les évolutions en matière de résolution, mais quand elle augmente la puissance de calcul devient un facteur limitant. Pour faire tourner Autodesk il me faut toujours un PC avec une grosse carte graphique. En conséquence, une résolution plus élevée ne rend pas l’expérience meilleure, il en fait juste une expérience avec du lag.
Créer un produit, c’est faire des choix. Les processeurs vont continuer de s’améliorer, tout comme les écrans, c’est une trajectoire globale, mais il faudra toujours trouver un équilibre. Apple a fait des choix avec le Vision Pro, et nous avons fait les nôtres avec le Focus Vision. Nous avons privilégié la robustesse, la performance, la capacité de le porter pendant de longues périodes, de passer d’un utilisateur à l’autre, de faire du streaming de contenu... C’est pour ça que nous sommes sur la Station spatiale internationale et pas eux.


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