Le groupe Schwarz, propriétaire de Lidl, fait une percée dans le cloud façon AWS

Schwarz Digits, division du groupe Schwarz connu pour ses magasins Lidl en France, s'est montré relativement discret ces dernières années. Pourtant cette filiale cloud propose ses produits et services en interne comme en externe et a réalisé un chiffre d'affaires de 1,9 milliard d'euros l'année dernière. Retour sur une réussite fulgurante façon AWS à un détail près : il s'agit d'un acteur européen et soucieux de la protection des données.

Lidl enseigne groupe Schwarz
Schwarz Group, propriétaire des 13 900 magasins Lidl et Kaufland dans le monde, est également un fournisseur cloud de référence.

Qui s'attendait à voir le géant européen du discount se tourner vers le juteux marché du cloud ? Personne. Et pourtant, force est de constater que l’entreprise allemande Schwarz Group, propriétaire des 13 900 magasins Lidl et Kaufland dans le monde, est également un fournisseur cloud de référence. C'est le Financial Times qui a vendu la mèche cette semaine, titrant "Comment Lidl s'est accidentellement attaqué aux grands noms du cloud computing".

Au départ, il y a le besoin de développer une infrastructure interne pour le groupe Schwarz. Lancée en 2021, cette activité cloud baptisée Schwarz Digits avait pour but premier de répondre aux exigences du groupe en matière de souveraineté et de confidentialité des données. Car ce dernier doit gérer "de nombreuses données très sensibles" comme le rapporte le FT, notamment les modèles de vente des magasins, les calculs de prix, les informations sur les clients du programme de fidélité de Lidl ou les données personnelles de ses 575 000 employés répartis dans 32 pays.

Le groupe de distribution allemand souhaitait en effet que ces données soient traitées et stockées exclusivement en Allemagne et en Autriche. Ne trouvant pas chaussure à son pied, le groupe Schwarz a donc opté pour la mise en place de sa propre infrastructure.

Une filiale autonome et en pleine croissance depuis 2023

Une histoire qui n'est pas sans rappeler la trajectoire du géant du e-commerce Amazon qui avait commercialisé la capacité de calcul libre sur ses serveurs aux prémices de son activité, ce qui avait amené son offre de Cloud Computing AWS (Amazon Web Services), comme l’explique Werner Vogels, son directeur technique.

Devenue une filiale autonome en 2023, Schwarz Digits possède aujourd'hui un portefeuille client qui ferait rougir certains fournisseurs cloud : l’éditeur SAP, le club de football du Bayern Munich ou le port de Hambourg font notamment partie de ses clients. Plus impressionnant encore, la filiale cloud a réalisé l'an dernier, un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros et emploie 7 500 personnes.

Schwarz Digits se présente désormais comme un rival plus que sérieux face à d'autres providers européens – OVH notamment qui n'a toujours pas atteint la barre symbolique du milliard d'euros – ainsi qu'Amazon, Google ou encore Microsoft, qui n'ont pas l'avantage d'être européens. "La division informatique et numérique propose ses produits et services aux entreprises du groupe Schwarz et aux clients externes", peut-on lire dans un communiqué sur les résultats financiers du groupe daté de mai 2024.

Des investissements annoncés dans la pépite allemande de l'IA

Schwarz ne se repose par ailleurs pas sur ses lauriers : "Les entreprises de Schwarz Group ont pris une participation dans Aleph Alpha, le premier développeur d'IA en Allemagne, afin d'intégrer des innovations techniques et d'étendre leur position en tant que groupe mondial de vente au détail de premier plan. Un investissement a également été réalisé dans Wire et sa solution de communication sécurisée et fiable", apprend-on.

Considérée comme une rivale sérieuse d'OpenAI, la start-up Aleph Alpha lève le voile sur sa dernière famille de modèles de fondation qui comprend Pharia-1-LLM-7B-control et Pharia-1-LLM-7B-control-aligned. Avec, Aleph Alpha fait une entrée remarquée dans le monde de l'IA générative et semble prêt à se mesurer à ses concurrents, européens comme outre-Atlantique.

Jouant la carte de la souveraineté technologique, la start-up s’adresse donc aux entreprises, mais aussi et surtout aux institutions publiques qui cherchent "à conserver leur indépendance, à sécuriser leurs données et à construire des solutions fiables", comme expliqué en novembre dernier lors de l'annonce de sa dernière levée de fonds. Elle avait notamment réussi à sécuriser 467 millions d'euros, soit un joli pactole pour une start-up européenne.

Les géants du cloud misent aussi sur l'Allemagne

Cherchant à investir le terrain, les géants du cloud ont récemment fait part d'annonces concernant nos voisins d'outre-Rhin. Ainsi, en octobre dernier, Amazon Web Services a promis d'investir 7,8 milliards d'euros jusqu'en 2040 en Allemagne, a-t-on appris par voie de communiqué. Dans les faits, elle va ouvrir sa première région dans le land du Brandebourg d'ici à 2025. Celle-ci sera "accessible à tous les clients", précise AWS.

Microsoft n'a pas tardé à lui emboîter le pas, annonçant le 15 février dernier qu'il allait investir 3,3 milliards d'euros en Allemagne pour y augmenter de manière conséquente ses data centers dédiés au cloud et plus spécifiquement à l'IA. Le chancelier Olaf Scholz s'en est évidemment félicité, vantant "une économie ouverte" et une politique de commerce international unique au monde, rapporte l'agence de presse DPA. La décision de Microsoft est en partie due à sa volonté de se rapprocher de certains grands clients, comme le géant pharmaceutique et chimique Bayer AG ou le conglomérat énergétique RWE.

L'arrivée d'un tel acteur pourrait changer la donne pour l'UE

A l'heure de la souveraineté et de la prise de conscience des entreprises concernant la valeur de leurs données et le besoin de protection lié, voir surgir des profondeurs un tel acteur prouve que devenir un acteur du cloud et européen n'est pas forcément chose incompatible. L'Europe se cherche encore un champion, multipliant au passage les initiatives comme Gaia-x, alors que la solution semble pourtant toute trouvée du côté d'entreprises comme celle du groupe Schwarz.

La question qui reste en suspens est la suivante : pourquoi s'entêter à développer une activité de toute pièce alors qu'un service sur étagère cochant toutes les cases semble plus approprié ? L'entêtement de l'Union européenne à vouloir sa propre infrastructure cloud pourrait bien lui valoir d'être – une fois de plus – à la traîne en la matière.

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