Meta déploie son assistant IA aux quatre coins du globe... mais pas dans l'Union européenne

Meta déploie son assistant IA dans six nouveaux pays, incluant le Brésil et le Royaume-Uni. Sa feuille de route prévoit un déploiement progressif dans 43 pays à terme. Mais les utilisateurs français de Facebook, Instagram et WhatsApp ne pourront pas accéder à ces dernières fonctionnalités, incluant le chatbot Meta AI. En cause, les protections sur les données personnelles mises en place par l'Union européenne, et que la firme ne peut donc pas exploiter à tout va.

Meta AI
L'assistant "AI" de Meta est désormais disponible dans une quarantaine de pays.

Si la maison-mère de Facebook et Instagram boude l'Union européenne, les autres régions du monde peuvent se targuer de bénéficier des dernières innovations lancées par la firme. Son chatbot sobrement baptisé "Meta AI" devrait être disponible prochainement sur 21 nouveaux marchés. La Bolivie, le Brésil, le Guatemala, le Paraguay, les Philippines et le Royaume-Uni font partie de la première salve de pays à profiter de l'assistant IA.

Dans un second temps, la firme prévoit de déployer son outil dans d'autres zones du monde, notamment au Moyen-Orient. A terme, l'objectif est de toucher 43 pays avec une disponibilité de l'assistant dans une douzaine de langues. Le chatbot prendra notamment en charge des langues telles que l'arabe, l'indonésien, le thaï et le vietnamien, a précisé Meta. A l'occasion de la conférence Meta Connect 2024, Mark Zuckerberg avait évoqué le chiffre de "près de 500 millions" d'utilisateurs mensuels actifs.

L'Union européenne privée des produits Meta

Le marché européen, qui compte environ 449 millions d'utilisateurs potentiels, pourrait faire doubler la mise si seulement Meta y avait accès. Or, à date, le géant ne souhaite plus rentrer sur ce marché qu'il juge trop compliqué en raison des réglementations existantes et à venir. Les derniers modèles multimodaux Llama n'ont ainsi pas été publiés dans l'Union européenne, et il devrait en être de même pour les prochains. Et la raison est simple : Meta n'a pas été autorisée à entraîner ces modèles sur les données des européens.

En juin dernier, le gendarme irlandais de la protection des données a demandé à Meta de retarder le déploiement au sein de l'Espace économique européen de sa "collection de fonctions et d'expériences d'IA générative". La réaction de l'entreprise américaine ne s'est pas faite attendre : "Nous sommes profondément déçus (...) en particulier puisque nous avons intégré les retours réglementaires et que les DPA [data protection authorities, ndlr] européennes en sont informées depuis mars", a ainsi écrit Stefano Fratta, global advocacy director en charge de la politique de confidentialité au sein de Meta.

De leur côté, les régulateurs ont vu dans cette décision une victoire. La DPC a salué cette décision issue "d'un engagement approfondi" avec l'entreprise et les autres autorités de protection des données. L'Information Commissioner's Office (ICO), l'autorité britannique, s'est également félicitée de cette suspension. "Afin de tirer le meilleur parti de l’IA générative et des opportunités qu’elle offre, il est crucial que le public puisse être sûr que son droit à la vie privée sera respecté dès le départ", a déclaré Stephen Almond, directeur exécutif du risque juridique à l'ICO.

Meta remis en place par le Brésil et la Cour de justice de l'UE

Pour avoir un assistant "de qualité", Meta n'hésite pas à collecter et à réutiliser les données personnelles de ses utilisateurs, n'ayant que faire de leur vie privée. Des manières qui lui ont valu de se faire remonter les bretelles à plusieurs reprises par les institutions européennes, mais aussi l'autorité brésilienne de protection des données : celle-ci a adopté "une mesure préventive" le 2 juillet visant à suspendre la politique de confidentialité de l'entreprise américaine concernant l'utilisation des données des utilisateurs de Facebook et d'Instagram pour entraîner ses algorithmes. Si Meta outrepasse cette interdiction, il sera tenu de payer une amende journalière de 50 000 réais (8200 euros environ).

En septembre, la directrice de la politique de confidentialité de Meta a admis que la firme avait collecté toutes les données publiques de ses utilisateurs australiens présents sur Facebook et Instagram pour entraîner ses outils d’IA. À l’inverse de l’Europe, aucun système n’a été mis en place par la firme pour permettre aux utilisateurs de refuser ce scraping. Ainsi, la seule issue pour les habitants du pays océanique consiste à rendre leurs publications privées pour éviter toute extraction. Seul hic : ce choix n’aura pas d’effet rétroactif.

Plus récemment, la Cour de justice de l'UE a rappelé les limites fixées par le RGPD concernant l’utilisation des données personnelles, notamment concernant l’orientation sexuelle, pour la publicité en ligne, dans un arrêt rendu public.

Newsletter L'Usine Digitale
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.