Cette dernière édition du Mobile World Congress a su attirer des personnalités du monde de l'intelligence artificielle. A commencer par Arthur Mensch, dirigeant de la start-up française Mistral AI, qui s'était largement fait remarquer lors du Sommet pour l'action sur l'IA à Paris en ce début de mois.
Lors d'une table ronde organisée le 4 mars à Barcelone, il a insisté sur la nécessité pour les opérateurs télécoms, et pour l'Europe dans son ensemble, d'accélérer sur la question des investissements et de ne pas se focaliser uniquement sur la régulation. "Sur la question des investissements, l’Europe a beaucoup d’atouts, notamment en matière d’infrastructure énergétique. Ce n’est pas directement lié à notre activité, mais les opérateurs télécoms ont une réelle opportunité d’investir dans des data centers et de devenir eux-mêmes des hyperscalers".
Et de poursuivre : "Notre vrai défi, c’est l’ambition des entreprises européennes à transformer leurs activités grâce à l'IA. Heureusement, nous observons un changement profond ces deux derniers mois, avec une volonté accrue de s’engager et d’être compétitifs sur le marché". A écouter Arthur Mensch, "construire un data center pour l’IA n’est pas si différent de déployer un réseau de fibre optique". Dans les faits, les opérateurs ont, en effet, déjà certaines clés en main.
Les opérateurs télécoms, futurs constructeurs de data centers ?
Pour construire un centre de données performant pour l’IA, il faut trois choses : l'électricité, la fibre optique et des puces. "Les opérateurs télécoms disposent déjà de la fibre et sont déjà impliqués dans les discussions sur les data centers. Alors pourquoi ne pas construire eux-mêmes ces centres, connecter les puces et travailler avec des entreprises comme la nôtre pour développer la couche logicielle ?". L'idée pourrait faire son petit bonhomme de chemin. Mistral AI a annoncé lors du Sommet pour l'action sur l'IA deux partenariats avec des pontes du secteur : l'un avec Orange, notamment sur la partie infrastructure réseau, l'autre avec Free.
"L'un des enjeux majeurs est la maintenance prédictive et le déploiement de la fibre optique. Les opérateurs doivent gérer des interventions techniques, organiser les rendez-vous via les centres d’appels, et optimiser l’installation des infrastructures. L’IA peut grandement automatiser ces processus pour accélérer le déploiement et réduire les coûts d’exploitation. C’est sur ce type de projet que nous collaborons avec Orange".
Dans le même temps, "l'IA est aussi un produit grand public qui peut transformer le quotidien de chacun, et cela passe beaucoup par le mobile avec des assistants performants. C’est d’ailleurs l’essence même de notre partenariat avec Free en France", poursuit Arthur Mensch.
Mistral construit ses propres centres de données
Comme le fait remarquer son patron, Mistral AI a lancé la construction de ses propres data centers en France, "car le réseau électrique y est excellent, les prix de l’énergie sont compétitifs et les compétences techniques sont solides. Nous descendons donc légèrement dans la chaîne de valeur en développant nos propres infrastructures, et nous serions ravis de collaborer avec les opérateurs télécoms dans ce domaine".
Et la boucle pourrait être bouclée grâce à l'IA générative : les opérateurs télécoms ont aujourd'hui des coûts d’exploitation élevés, liés notamment au déploiement et à la maintenance de leurs infrastructures. Avec cette technologie, ils pourraient réduire ces coûts et améliorer la disponibilité des systèmes, amenant, in fine, à une meilleure qualité de service.
L'Europe avance sur la voie de la compétitivité
Interrogé sur la nécessité pour l'Europe d'être réellement compétitive, Arthur Mensch se montre confiant : "Je pense qu’il y a eu une prise de conscience en Europe, notamment à cause de la volatilité du marché américain, qui a poussé les entreprises européennes à vouloir réduire leur dépendance à la technologie américaine. Il est bien sûr essentiel d’utiliser certaines technologies américaines, car dans de nombreux domaines, elles restent les seules disponibles. Mais dans d’autres domaines, y compris les applications d’IA, il existe un écosystème local dont les entreprises européennes veulent tirer parti".
L'Europe est montée en puissance ces derniers mois, notamment en raison du changement de climat politique aux États-Unis. Bruxelles s'est récemment engagé pour un montant de 50 milliards d’euros. Les financements restants seront fournis par une alliance de 70 entreprises européennes, dans le cadre du "plus grand partenariat public-privé de l’histoire pour une IA fiable". 20 milliards d’euros serviront à la construction de data centers.
En France, Emmanuel Macron a annoncé 109 milliards d'investissement pour combler le manque d'infrastructures adaptées à l'ère de l'IA générative. "C’est la première fois qu’on a un investissement de cette taille en France", avait déclaré le président. Parmi ses investisseurs, les Émirats arabes unis, de grands fonds d’investissement américains et canadiens, et des grandes entreprises françaises. Au-delà de ces fonds, la question de la compétitivité repose également sur un point crucial : la réglementation.
La régulation de l'IA, vaste débat
Si la Commission européenne a pris conscience qu'il fallait accélérer le développement de technologies souveraines en IA, et que la réglementation ne devait pas être l’unique priorité, notamment en se délestant de certains projets de réglementations, l'approche adoptée reste vivement critiquée. Le CEO de Deutsche Telekom, Timotheus Höttges, a ainsi déclaré lors d'une table ronde au MWC que l’Europe avait besoin d’une approche similaire à celle des États-Unis en matière de réduction des coûts.
Arthur Mensch est d'un autre avis : "Ce qui est plus problématique en Europe, c’est la fragmentation du marché. Il y a 27 pays, chacun avec plusieurs opérateurs télécoms, ce qui signifie qu’il faut mener 80 à 90 discussions différentes pour avancer sur un projet. C’est un vrai défi pour l’Europe et un frein à la consolidation de grands acteurs technologiques".
Si la situation actuelle "n'est pas idéale" concernant la régulation - L'UE s'étant positionnée très (trop) tôt en se focalisant sur les aspects technologiques - Mistral AI semble toutefois moins contraint par le sujet que par le passé : "Nous travaillons avec les régulateurs pour trouver des solutions viables, mais honnêtement, ce n’est pas notre principal problème".


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