On a testé le projet Moohan, la réponse de Google et Samsung à l'Apple Vision Pro

Google revient sur le marché des casques de réalité mixte, six ans après l'arrêt de Daydream. Il dispose d'un allier de poids : Samsung, qui n'est pas étranger au marché mais en était lui aussi sorti ces dernières années. Les deux partenaires se frotteront à Meta, leader du marché, ainsi qu'à Apple. Nous avons pu prendre en main leur prototype et nous livrons ici nos impressions.

Samsung Moohan au MWC 2025
Photo prise lors du Mobile World Congress. "Moohan" veut dire "infini" en coréen.

Si la star de Google I/O 2025 était sans conteste la nouvelle paire de lunettes de réalité augmentée co-conçue avec Samsung, le projet de casque de réalité mixte "Moohan" ("infini" en coréen) n‘était pas oublié pour autant. Nous avons pu en faire l’essai pendant une dizaine de minutes tout en posant quelques questions aux équipes en charge du projet. Nous en sommes ressortis convaincus de son potentiel.

Un design familier

Le design du casque est à mi-chemin entre l'Apple Vision Pro et le Meta Quest Pro. Il utilise par exemple une batterie attachée par un câble, comme le produit d'Apple. Pensé pour la réalité mixte, le casque est ouvert sur les côtés, un peu à la façon du Quest Pro, et dispose comme lui de caches optionnels qui s’emboîtent sur les côtés et permettent de rendre l’expérience plus immersive.

Il est aussi conçu pour pouvoir être utilisé avec des lunettes de vue, même si l’espace est un peu restreint. Un accessoirement d’espacement (qui éloigne le casque du visage) est disponible, mais il ne faut pas que les lunettes soient trop larges. Pour une expérience optimale, il est aussi possible d’attacher des verres correcteurs (vendus séparément par des partenaires) directement sur les lentilles du casque. Ils n’ont pas souhaité nous donner de chiffre exact concernant le champ de vision, indiquant néanmoins qu’ils espèrent en faire le meilleur du marché. Il nous a semblé plutôt bon.

Ajustement automatique de l'IPD

Lorsque l’on met le casque pour la première fois, il faut appuyer sur un bouton situé en haut à droite de l’appareil pour déclencher la détection et l’ajustement automatique de l’écart interpupillaire (IPD). Pas besoin de gymnastique des yeux, les caméras d’eye tracking font tout le boulot. Les lentilles sont motorisées et cela ne prend que quelques secondes. Questionné sur les IPD compatibles, le responsable du projet nous indique que cela va "from the high 50s to the low 70s".

Nous avons eu la possibilité d'utiliser le casque en mode "passthrough" ou en immersion totale et avons choisi l'immersion. La qualité de l'image et la latence du passthrough nous ont semblé de bonne facture, avec un tracking précis et sans bavure.

Navigation par reconnaissance gestuelle

Le système de navigation aussi rappelle ceux d’Apple et de Meta. Le menu s’actionne en tournant la paume de sa main vers le haut et en pinçant puis relâchant l’index et le pouce. On peut ensuite sélectionner des applications depuis une fenêtre 2D en visant avec sa main (ce qui fait apparaître un "pointeur laser") puis en pinçant pour sélectionner. C’est très intuitif et très réactif, il n’y a aucune latence.

Nous avons utilisé le casque uniquement avec des gestes, bien qu’il dispose de fonctionnalités d’eye tracking. Un choix délibéré pour ne pas verrouiller toute l’interface à une modalité de contrôle particulière, comme le fait Apple. Questionné sur la possibilité d’utiliser des contrôleurs, le responsable du projet est emphatique : "le casque sera compatible avec énormément d’accessoires au lancement : clavier, souris, contrôleurs classiques et oui, même des contrôleurs 6DoF".

Une excellente qualité d'image

Nous avons principalement regardé des vidéos YouTube (grands félins, paysage du Canada, Costa Rica…). Par défaut YouTube s’ouvre dans une fenêtre de la taille d’une grande télévision située à trois ou quatre mètres. Il est possible de la redimensionner (juste en faire un écran géant comme au cinéma) en séléctionnant les coins ou de la déplacer en attrapant les bords plats de la fenêtre.

Ce qui frappe immédiatement c’est la netteté et la clarté de l’image. Clairement Moohan n’a rien à envier à l’Apple Vision Pro en la matière. C’est évidemment grâce aux écrans, mais aussi au rendu fovéal intégré par défaut au casque, qui fonctionne de façon totalement transparente. Nous n’avons pas remarqué de "bordure" en périphérie où la qualité serait dégradée, contrairement au Meta Quest Pro il y a quelques années. Cela montre à quel point la technologie s’améliore.

Un pavé tactile sur le côté droit du casque permet de passer la vidéo du mode fenêtré au mode "immersion complète" en tapotant deux fois. En mode fenêtré, YouTube peut aussi prendre la forme d’une "application spatialisée", avec plusieurs fenêtres flottant dans l’espace : la vidéo au centre, les commentaires à gauche et une liste d’autres vidéos à droite. Nous n'avons pas pu tester la rédaction de commentaires faute de temps, mais le potentiel de compatibilité avec les applications Android "standards" est bien là.

Le retour de la vidéo immersive

L’application gère les vidéos monoscopiques classiques et stéréoscopiques, jusqu’à là rien d’incroyable. Mais nous avons aussi pu faire l’essai d’un outil capable de convertir des vidéos 2D pour leur donner un effet 3D. Il utilise un algorithme qui extrait les couches de profondeur d’une scène pour les rendre immersives et l’effet est saisissant.

Et pas besoin d’avoir une résolution démentielle non plus : cela donne de bons résultats même avec une vidéo d’origine en 2K. Nous avons pu le vérifier avec une vidéo prise en famille avec un smartphone avant le Covid-19. Cette fonctionnalité, qui n’a pas encore de nom officiel mais que l’équipe appelle "auto-spatialisation", peut être appliquée aux photos et vidéos de chaque utilisateur, et il est possible de passer de l’image d’origine à celle en 3D d’un seul clic.

Le cas d’usage est très convaincant, en particulier vu sous l’angle "revivez vos souvenirs comme si vous y étiez". Google cherche clairement à rivaliser face à Apple sur la consommation de médias immersifs et peut compter sur la puissance de YouTube en tant que plateforme (à la fois la quantité massive de contenus qui ont sont déjà hébergés et sa puissance de distribution) pour s’y imposer.

Reste à savoir si cela restera suffisamment attractif dans la durée. Beaucoup d'espoirs ont été placés dans la vidéo immersive lors de la résurgence de la réalité virtuelle il y a 10 ans. On se rappelle de Jaunt (faillite), NextVR (rachetée par Apple), de la plateforme Google Jump (abandonnée)... Autant d'échecs qui n'ont pas su rivaliser face aux applications en 3D temps réel, et notamment les jeux vidéo. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?

Intégration native de Gemini

L'heure est à l'IA générative et Android intègre donc bien sûr Gemini. Un appui prolongé sur le bouton en haut du casque ouvre une fenêtre qui permet de lancer l'assistant. Comme avec les smart glasses, il voit ce que vous voyez et peut analyser une image pour répondre à vos questions.

L’exemple fourni dans la démo était une formation rocheuse qu’il peut reconnaître et sur laquelle il peut donner des détails, mais comme il s’agit de la version générale de l’assistant il peut vraiment faire beaucoup de choses (même "circle to search", comme sur smartphones). Nous lui avons demandé de nous transporter à Paris, ce qu’il a fait via l’application Google Maps, puis nous avons tenté de voir l’Arc de Triomphe en mode Streetview. Notre démo c’est arrêtée là, faute de temps.

Bien que brève, cette prise en main nous a prouvé que Google et Samsung font de réels efforts pour revenir sur le marché de la réalité mixte. D'importants détails restent cependant à préciser, notamment concernant les contrôleurs et les contenus autres que vidéo. Et puis il y a bien sûr la question légitime de savoir s'ils persisteront à long terme ou si tout peut s'arrêter soudainement, comme ce fut le cas pour Daydream ou Stadia...

Nous aurons plus de réponses lors de la sortie du casque, mais les partenaires n'avaient pas de date à communiquer. On sait cependant que ce sera d’ici la fin de l’année.

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