Pour concurrencer FAIR et Kyutai, Google lance un laboratoire de recherche dédié à l'IA à Paris

Ce 15 février avait lieu l'inauguration d'un hub Google dédié à l'intelligence artificielle. Se positionnant comme "ouvert à tout l’écosystème français de l’IA", ce laboratoire est surtout un moyen pour le géant technologique de s'affirmer à Paris. Pour l'occasion, Sundar Pichai, CEO de la firme, a même fait le déplacement.

Hub IA Google Paris
Les bureaux parisiens de Google ont accueilli Sundar Pichai, son CEO, pour l'inauguration du hub dédié à l'intelligence artificielle. Il est ici avec Valérie Pécresse, Marina Ferrari et Bruno Le Maire.

"Nous considérons que le fait de rendre l'IA plus utile pour tout le monde est le moyen le plus important de remplir notre mission. Nous nous engageons à faire preuve d'audace, à être ambitieux dans nos recherches et à poursuivre les applications de l'IA qui sont les plus utiles pour les gens du monde entier", déclarait Sundar Pichai, CEO de Google en préambule de cette inauguration.

Citant Gemini, le modèle d'IA générative développé par Google, Sundar Pichai assure que la firme aborde "l'IA de manière responsable, en collaborant avec les pouvoirs publics, les décideurs politiques et d'autres parties prenantes". Ainsi, le lancement de ce hub dédié à l'intelligence artificielle basé au cœur de Paris, dans les locaux de Google France dans le 9e arrondissement, "reflète la volonté du conseil d'administration [board de Google, ndlr]", précise-t-il.

Paris, une plaque tournante pour l'innovation ?

A entendre Sundar Pichai, Paris est depuis longtemps une plaque tournante pour les grandes idées et le progrès technologique, et est aujourd'hui "un centre mondial d'innovation". Considérant sa filiale française comme un "pôle d'attraction pour les talents technologiques, avec plus de 40 nationalités au sein de nos équipes d'ingénieurs locales", c'est donc tout naturellement que le géant a décidé d'implanter son hub IA dans ses locaux parisiens.

Ce laboratoire doit rassembler pas moins de 300 ingénieurs et chercheurs de Google qui travailleront ici "sur la prochaine génération de progrès en matière d'IA". Dans le détail, on apprend que les lieux vont notamment héberger des équipes de Google DeepMind et de Google Research, ainsi que des ingénieurs qui développent des produits phare comme Chrome, YouTube.

L’objectif est d'accélérer le développement de produits basés sur l’IA en France, de faire émerger de nouveaux partenariats académiques et de recherche, et de former des professionnels français aux outils de l’IA. Dans ces 6000 m², 100 000 professionnels seront formés aux outils de l’IA d’ici la fin de l’année 2025, précise Sundar Pichai.

Une preuve de l'attractivité de la France

Ce sera également un lieu pour la communauté technologique et de recherche dans son ensemble. Sundar Pichai l'assure, "nous voulons progresser ensemble, en travaillant avec les instituts de recherche publics et privés français". Et d'ajouter : "Nous ouvrirons nos portes aux chercheurs de tout horizon, en leur donnant accès à des outils performants, comme la base de données alpha pour la structure des protéines (AlphaFold DB), et nous continuerons à investir dans la formation professionnelle et l'entrepreneuriat".

Pour Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, cet investissement de Google en France est une nouvelle démonstration de "l’attractivité retrouvée de Paris et de la France" pour les entreprises technologiques en Europe, en particulier en matière d’intelligence artificielle. Il a également tenu à rappeler que "le premier atout français est un atout humain" et que cela repose sur "la qualité de nos chercheurs, la qualité de nos scientifiques et de nos institutions".

Les laboratoires FAIR et Kyutai déjà implantés sur le territoire

Et sur ce point, on ne peut que lui donner raison. Meta a ainsi décidé il y a dix ans d'implanter à Paris la plus grande entité de son laboratoire FAIR (Fundamental AI Research) dédié à l'intelligence artificielle et a annoncé plus récemment l'installation d'un accélérateur de start-up d'IA avec Hugging Face et Scaleway.

En parallèle, la maison-mère de ce dernier, Iliad, a dévoilé en novembre dernier un laboratoire de recherche sur l'IA générative nommé Kyutai. Ce laboratoire, qui comptait à ses débuts une équipe de six chercheurs, est le fruit d'un rapprochement d'Iliad avec CMA CGM et le fonds d'Eric Schmidt (ex CEO de Google) qui ont tous trois financé à hauteur de 100 millions d'euros l'initiative. 

Un rapprochement stratégique opéré en France et en Europe

Le CEO de Google n'a par ailleurs pas hésité à lancer quelques fleurs au gouvernement français. "L'approche du gouvernement en matière d'innovation permet à la France de jouer un rôle de premier plan dans le domaine de l'IA", ajoute-t-il. Un clin d'œil en référence à la position de la France concernant l'AI Act, l'Hexagone préférant une auto-régulation plutôt que la voie de la régulation européenne par peur de brider l'innovation de chacun en matière d'intelligence artificielle. Bruno Le Maire a d'ailleurs eu un mot à ce sujet : "L’habitude de l’Europe c’est de réguler avant d’innover. Je suis convaincu qu’il faut que nous innovions avant de réguler".

En début de semaine, Google a également lancé l'initiative AI Opportunity pour aider les personnes et les entreprises en Europe à acquérir les compétences dont elles ont besoin pour l'économie numérique. Cette initiative comprend notamment un fonds Google pour veiller à ce que les personnes les plus défavorisées ne soient pas laissées pour compte. Sur les 25 millions d'euros évoqués, 10 ont déjà été engagés pour "doter les travailleurs des compétences dont ils ont besoin pour éviter d'être laissés pour compte".

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