Les téléconsultations ne représentent que 2,2% des consultations en médecine générale

Après le boom lié à la pandémie de Covid-19, les actes de téléconsultation sont retombés à un niveau bas, d'après un rapport de la Cour des comptes. En 2023, ils représentaient seulement 2,2% des consultations en médecine générale, 2,1% chez les spécialistes et 1,4% dans les établissements de santé. La Cour relève également un impact limité sur les zones prioritaires et les publics cibles. 

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Bien qu'ils n'aient pas vocation à remplacer les actes sur place, les téléconsultations sont "un levier de transformation du système de soins", écrit la Cour des comptes dans un rapport publié le 8 avril 2025. Après la télémédecine en 2017 et la télésanté en 2021, le gendarme financier s'intéresse désormais à la téléconsultation, soit "des consultations à distance d'un professionnel médecin par un patient", à la demande de la commission des affaires sociales du Sénat. 

Un boom pendant le Covid-19

La Cour des comptes rappelle que les téléconsultations étaient restées "en nombre très limité" jusqu'à la pandémie de Covid-19. A la suite des différents confinements, le nombre d'actes est passé de moins de 140 000 en 2019 à plus de 18 millions en 2020 (secteurs libéral et hospitalier), soit un niveau supérieur à l’objectif fixé par l’État à la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam). 

Sans grande surprise, à l'issue de la pandémie,  le nombre des téléconsultations est descendu à un niveau inférieur à celui fixé par la convention d’objectifs de gestion passée entre l’État et la Cnam pour la période 2019-2022. Ainsi, en 2023, ces actes ne représentaient que 2,2% des consultations en médecine de ville, 2,1% de l’activité de consultation des médecins omnipraticiens et des médecins spécialistes,1,4% de l’activité de consultation des établissements de santé et 0,3% de leurs actes et consultations externe. "Ces niveaux sont très inférieurs à ceux constatés dans les pays nordiques, au Royaume-Uni et en Espagne", note le rapport. 

La moitié des téléconsultations en Ile-de-France

Le nombre de téléconsultations étant insuffisant, les avantages de recourir à la consultation ne se vérifient pas encore. Tout d'abord, ces actes ont "un impact faible" sur l'accès aux soins dans les zones d'intervention prioritaire. Sur le terrain, le profil type des utilisateurs est un jeune très urbain. Conséquence de quoi, l'Ile-de-France concentre à elle seule plus de la moitié des téléconsultations réalisées en France. 

Les personnes âgées et les personnes en situation de handicap résidant dans des établissements sociaux et médico-sociaux bénéficient très insuffisamment de ces actes, regrette la Cour des comptes. C'est également le cas pour les personnes souffrant de maladies chroniques et celles placées sous main de justice. 

Bonne nouvelle néanmoins : les coûts liés à la téléconsultation sont globalement maîtrisés. A l'échelle des dépenses globales de soins, les actes de téléconsultation représentent 3% des montants remboursés. Cette maîtrise des coûts s'explique par "une différenciation tarifaire convenue entre la Cnam et les syndicats représentatifs des médecins et des sages-femmes". Ainsi, les honoraires d’une téléconsultation ont été maintenus à hauteur de 25 euros, quand ceux liés à une consultation au cabinet médical ont été portés à 26,50 euros (novembre 2023), puis à 30 euros pour les médecins généralistes (décembre 2024).

Des assises de la téléconsultation à l'été 2025

Pour s'assurer que la téléconsultation joue réellement son rôle de levier, la Cour des comptes a formulé plusieurs recommandations. Le ministère de la Santé doit clarifier sa stratégie en la matière ; la direction générale de l'offre de soins n'exerçant pas suffisamment son rôle de chef de file. Ces travaux devraient être menés à l'occasion des assises de la téléconsultation devraient avoir lieu à l’été 2025, conseille la Cour. Concernant les aides de la Cnam, elles devraient être recentrées sur les zones d'intervention prioritaire. 

Le rapport note également un point de vigilance sur le phénomène de "surprescription" par les plateformes de téléconsultation, en particulier pour les antibiotiques à large spectre, "en particulier pour les personnes âgées de plus de 35 ans". Enfin, le rôle des hôpitaux doit être clarifié, dans la mise en oeuvre des téléconsultations intégrant leur prise en compte dans les projets médicaux et les projets de soins partagés des groupements hospitaliers de territoire. 

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