"Nous devons nous assurer que personne n’est réduit au silence par peur de s’exprimer", affirme Twitter dans son communiqué annonçant nouvelles mesures de protection contre le cyber-harcèlement. En effet, dans un message interne envoyé aux employés qui avait fuité dans la presse, le PDG Dick Costolo avait en effet admis : "nous perdons de plus en plus d’utilisateurs actifs en ne traitant pas les situations de harcèlement auxquelles ils font face tous les jours."
Les nouvelles mesures anti harcèlement permettent notamment d’étendre la définition de "menaces violentes", et d’inclure les menaces indirectes et les tweets qui promeuvent la violence. Cet élargissement sémantique permet de lutter plus efficacement contre les abus de langages. Les utilisateurs suspectés de proférer des menaces seront de plus, parfois, obligés d’authentifier leur compte via leur numéro de téléphone.
UN TRIPLEMENT DE L’ÉQUIPE ANTI-ABUS
D’autres mesures permettent de suspendre temporairement certains comptes d’utilisateurs. Un nouvel outil en beta test bloque automatiquement certains tweets dont le style ressemble à du cyber-harcèlement. Ce nouvel algorithme n’empêchera pas la publication d’un tweet abusif. Mais il le repérera automatiquement et évitera qu’il n’apparaisse dans le fil d’actualité de la personne visée.
Twitter, qui fait face à une pression croissante de la part de ses actionnaires pour faire grandir sa base d’utilisateurs, s’est jusqu’à présent montré réticent à être trop sévère envers les utilisateurs abusifs. Toutefois, les plaintes se sont multipliées et les cas de harcèlement ont pris trop d’ampleur pour être ignorés (comme l’affaire "GamerGate" qui visait des femmes dans le jeu vidéo, ou encore le cas de la fille de Robin Williams obligée de quitter la plateforme après la mort de son père). Twitter a réalisé que le risque de perdre des utilisateurs était trop grand et a triplé son équipe en charge de la modération des abus.
Mais les messages privés directs autorisés
Pourtant, la même semaine, Twitter annonçait une nouvelle fonctionnalité très attendue : la possibilité de recevoir des messages privés de tous, même d’utilisateurs que l’on ne suit pas, en activant la fonction dans ses paramètres. C’est un moyen pour Twitter d’attirer les journalistes, professionnels et commerçants qui ont longtemps demandé cette modification pour envoyer des messages privés à loisir. Les marques pourront aussi recevoir plus de commentaires directs de leurs clients, qui ne voulaient pas forcément les rendre publics.
Cette modification arrive également à un moment où Twitter doit faire face à une concurrence accrue des services de messagerie privée comme Whatsapp, Facebook Messenger ou Snapchat.
UN MODÈLE QUI NE FAIT PAS L’UNANIMITÉ
Toutefois, les activistes contre le cyber-harcèlement comme le journaliste américain Ezra Klein ont dénoncé cette fonctionnalité qui exclut selon eux les personnes susceptibles d’être menacées, qui ne pourront pas choisir cette nouvelle option.
Par ailleurs, de nombreux utilisateurs luttant contre le cyber-harcèlement estiment que les nouvelles mesures de protection de Twitter n’empêchent pas un utilisateur abusif de recréer d’autres comptes pour poursuivre sa cible sous d’autres identités. La bataille est loin d’être gagnée pour Twitter.
Nora Poggi


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