Le musée du Louvre inaugurait cette semaine une poignée d'expériences en réalité augmentée créées pour son département des antiquités égyptiennes par Snap. Le projet a été réalisé par l'AR Studio de la société américaine, ouvert à Paris il y a 18 mois avec une vocation culturelle, artistique et éducatif.
Cinq expériences ont été produites pour l'occasion, à commencer par une "face lens", accessible à tous les utilisateurs où qu'ils se trouvent, qui permet de se parer d'un masque funéraire en or fidèle à ceux qu'on trouve sur les sarcophages (par exemple celui de Tamoutnefret).
"Redonner vie" à la pierre
Trois d'entre elles nécessitent d'être devant des oeuvres exposées au Louvre : le Naos d’Amasis, la Chambre des Ancêtres et le Zodiaque de Denderah. Il faut pour cela scanner un QR code sur un petit présentoir devant elles qui ouvre la "lens" dédiée dans Snapchat, puis pointer son smartphone vers les précieuses reliques.
La pierre se pare alors de ses décorations d'antan, longtemps disparues dans le monde réel. Les bas-reliefs du Naos retrouvent leurs dorures, et sa double porte en bois peinte protégeant l'alcove est restaurée. Il suffit de toucher l'écran pour qu'elle s'ouvre, révélant la statue d'Osiris à laquelle des offrandes étaient dédiées. La Chambre des Ancêtres est à nouveau colorée par ses pigments d'époque, tandis que le Zodiaque voit ses fonctions (difficiles à appréhender autrement) détaillées aux visiteurs.

Ces pièces ont été choisies par les équipes du Louvre car elles sont parmi les plus prestigieuses, mais aussi "car elles remontent aux origines de l'égyptologie, à Champollion", nous explique Vincent Rondot, directeur du département des antiquités égyptiennes. Les conservateurs ont également été très attentifs à l'exactitude scientifique des représentations, notamment concernant les pigments.
L'obélisque de la place de la Concorde se transpose
La cinquième et dernière expérience en est également une illustration. Déclenchée dans la Cour Carrée du musée, elle y fait apparaître l'obélisque de la place de la Concorde. Originellement situé devant le temple d’Amon de Louxor, il avait été offert en 1830 à Charles X par le vice-roi d’Egypte Méhémet Ali en remerciement des travaux de Jean-François Champollion lorsqu'il a déchiffré les hiéroglyphes à l'aide de la pierre de Rosette. Le père de l'égyptologie avait souhaité qu'il soit placé au centre de cette cour.

A noter que cette expérience, qui s'appuie sur la technologie "Custom Landmarkers" de Snap, n'est pas parvenue à se lancer sur notre smartphone Samsung Galaxy S22 lors de notre visite. Les trois situées en intérieur ont fonctionné sans problème, bien qu'entraînant un ralentissement du téléphone lorsqu'on les lance. Les expériences sont toutes assez courtes (une ou deux minutes chacune), et servent d'accroche pour aider les visiteurs à se plonger dans l'histoire des monuments exposés sans pour autant s'y substituer. Elles seront disponibles pour une durée d’un an.
Un nouvel outil de médiation
L'objectif affiché est évidemment de susciter l'intérêt et la curiosité de nouveaux publics, et notamment des jeunes. Mais pas seulement. La représentation en 3D temps réel, superposée aux pièces réelles, permet de les replacer dans leur contexte d'origine de façon immédiate et simple à comprendre, leur "redonnant vie" en quelque sorte. Les équipes du département des antiquités égyptiennes se sont d'ailleurs félicitées de cette approche "ancrée dans la réalité", par opposition à des expériences VR (le musée du Louvre avait présenté une telle expérience avec HTC dans le cadre de l'exposition Léonard de Vinci).
Le projet a pris environ un an, avec un premier contact en septembre 2022. L'une des principales difficultés de sa mise en oeuvre a été le manque de connectivité de cette aile historique du musée, dont les murs en pierre de taille ne laissent pas passer les ondes. Il a fallu installer des bornes Wi-Fi, mais ces mêmes murs faisant partie du patrimoine culturel national, il était hors de question de percer des trous pour y faire passer les câbles.
C'est entre autres pour cette raison que le buste d'Akhénaton, situé au premier étage du département, n'a pas pu faire l'objet d'une expérience de réalité augmentée, nous a confié Vincent Rondot. Il faut dire qu'avec plus de 6000 oeuvres exposées au département des antiquités égyptiennes, ce ne sont pas les envies qui manquent. Le directeur a notamment évoqué avec nous le sarcophage de Ramses III, pour lequel la réalité augmentée permettrait de facilement détailler les dieux qui l'adornent.


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