New Space : Infinite Orbits lève 12 millions d’euros pour prolonger la durée de vie des satellites

La start-up toulousaine Infinite Orbits développe une solution de navigation autonome, à l’aide d’une caméra, qui opère sur les satellites. Elle souhaite lancer pour le deuxième semestre 2026 “Endurance”, premier satellite européen conçu pour s’amarrer à un autre satellite en fin de vie. L’objectif : prolonger sa durée de vie de cinq ans.

Projet Endurance - Infinite Orbits
Infinite Orbits développe une technologie de navigation autonome s'amarrant aux satellites à court de carburant pour prolonger leur durée de vie.

Éviter de remplacer un satellite télécoms à court de carburant en prolongeant sa durée de vie : tel est l’objectif affiché par Infinite Orbits, start-up basée à Toulouse (Occitanie). Cette dernière a annoncé, le 13 mai, une levée de fonds de 12 millions d’euros. Un tour de table mené par le fonds d’investissement français Newfund Capital, avec le soutien du Conseil européen de l’innovation (EIC), d’IRDI Capital Investissement et de SpaceFounders France, le programme d’accélération du Centre national d’études spatiales (Cnes).

Un premier nanosatellite lancé l’année dernière

Infinite Orbits est spécialisée dans les services en orbite, un marché ayant vu le jour avec l’accélération phénoménale du nombre de satellites en orbite. “Entre 1957 et 2020, 2500 satellites en orbite ont été lancés au total, explique Adel Haddoud, CEO et fondateur d’Infinite Orbits. Rien qu’en 2021, 2500 satellites en orbite ont été lancés.” Un chiffre qui s’explique en partie par la chute du coût de la mise en orbite, ayant permis à certaines sociétés comme Starlink de déployer près de 4000 satellites au-dessus de nos têtes.

Forte de ce constat, Infinite Orbits a lancé l’année dernière son premier nanosatellite “Orbit Guard” dans l’espace, à l’aide du Falcon Heavy de SpaceX. Cet appareil peut mener des missions de surveillance et de réparation de satellites, et fournir des données sur sa situation spatiale. Elle souhaite envoyer un deuxième nanosatellite de ce type cette année, puis un troisième en 2025.

Une technologie qui reprend les fonctions de navigation du satellite

Désormais, la start-up compte passer à l’échelle supérieure, avec son nouveau projet, intitulé “Endurance”. Ce nouveau satellite compte offrir des services avancés en orbite, tels que l’inspection rapprochée, le ravitaillement, la conception de produits dans l’espace, en s’amarrant directement au satellite en fin de vie. La start-up vise les satellites situés en orbite géostationnaire, comme des relais télécoms. “Situés à 40 000 kilomètres de la Terre, ils valent en moyenne 250 millions d’euros par pièce”, poursuit Adel Haddoud. Des appareils souvent conçus pour graviter pendant une durée variable selon leur taille et leur usage, arrivant naturellement en fin de vie par manque de fuel.

Le projet d’Infinite Orbits s’appuie sur la technologie RPO (Rendez-vous and proximity operations), utilisée dans le cadre de missions institutionnelles. Des opérations coûteuses en temps et en manœuvres de sécurité. “Notre technologie permettrait de faire ceci de manière autonome, avec une simple caméra, à la manière d’une voiture autonome, affirme le CEO d’Infinite Orbits. Le tout en utilisant l’intelligence artificielle, pour reconnaître ce qui se passe autour.” En s’amarrant, “Endurance” devrait reprendre les fonctions de navigation du satellite en fin de vie, à la manière d’un remorquage.

Amarrage prévu en 2027

La start-up travaille principalement sur la technologie propre, le rendez-vous et l’amarrage, et sous-traite d’autres systèmes, comme le lancement et la propulsion. Elle prévoit de lancer “Endurance” pour le deuxième semestre 2026, et de débuter l’amarrage en 2027. Infinite Orbits a déjà trouvé son client. “’Endurance’ va mettre quelques mois à se positionner sur la bonne orbite, trouver son client, faire un rendez-vous sécurisé et s’amarrer, détaille Adel Haddoud. Une fois qu’il est amarré, cela peut durer cinq ans.” Pour l’heure, seul le conglomérat américain Northrop Grumman est parvenu à mettre en orbite un tel satellite, pour l’opérateur Intelsat.

Actuellement, Infinite Orbits compte 42 collaborateurs, un chiffre qui grimpera à 50 pour la fin de l’année. En plus de son siège toulousain, elle dispose de bureaux à Singapour et aux États-Unis. “Nous travaillons beaucoup avec l’international, et faisons 100% d’export, conclut Adel Haddoud. Nos deux premiers satellites ont été conçus à 80% en Europe, avec le financement de la Commission européenne.”

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