Sur X, le ministère des affaires étrangères lance French Response pour lutter contre la désinformation étrangère

Largement inspirée du compte américain Rapid Response, piloté à chaque mandat présidentiel par la Maison-Blanche, l'initiative du ministère de Jean-Noël Barrot est inédite, en France. Elle s'inscrit dans un contexte favorable aux campagnes de désinformation menées par de puissants acteurs à l'international, lesquelles ont déjà contraint par le passé l'armée et la DGSE à sortir du bois.

French Response
French Response

Pour lutter contre la désinformation institutionnelle étrangère, la France entend bien s'inspirer de ceux contre qui elle doit désormais lutter. Vendredi 5 septembre, le ministère des affaires étrangères français a en effet lancé sur le réseau social X un compte baptisé French Response. Le but de cet espace de "riposte" ? "Apporter une réponse rapide aux allégations étrangères hostiles en rétablissant les faits" et "se doter d’un canal d’expression complémentaire aux comptes institutionnels existants, adapté à la tonalité actuelle des interactions internationales", ont expliqué des sources diplomatiques au journal Le Monde.

Répondre aux Etats-Unis

Pour l'heure, le compte n'a publié qu'un fil de cinq publications textuelles. Adressé au secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, celui-ci vise à rappeler des faits concernant la volonté de la France de reconnaître l'état de Palestine, qui doit être actée en septembre. Le ministère de Jean-Noël Barrot affirme ainsi, en langue anglaise et captures d'écran à l'appui, que ce projet n'a pas causé l'échec des négociations entre Israël et le Hamas visant à libérer les otages israéliens, contrairement à ce qu'avançaient les Etats-Unis. Ces dernières avaient fait long feu avant même l'annonce d'Emmanuel Macron.

Bien décidé à répandre ces rectifications sur le réseau social d'Elon Musk, le compte French Response a partagé son fil sous plusieurs publications officielles des Etats-Unis, dont celle du compte officiel en français du département d'Etat américain. "Bonjour, ce que vous avancez est faux et en voici la preuve", a écrit le ministère des affaires étrangères.

Si la France doit désormais composer avec les mensonges de l'administration Trump, l'initiative est largement inspirée, y compris dans sa nomenclature, du compte de la Maison-Blanche, Rapid Response, sur X. Suivi par 1,2 million d'internautes et déjà actif lors du premier mandat de Donald Trump, il a également pour crédo la lutte contre que le président américain appelle les "fake news".

Un exercice auquel la France est peu habituée

Il n'empêche qu'un tel effort de riposte institutionnel est quasiment inédit, en France. Lors d'un précédent similaire, l'armée française avait communiqué en avril 2022 auprès de plusieurs médias et sur les réseaux sociaux son démenti d'une campagne de désinformation russe concernant le Mali.

A l'époque, un compte Twitter avait publié la vidéo d'un charnier et affirmé que l'armée avait commis "un crime contre le peuple malien" près de la base militaire de Gossi, qu'elle avait quittée quelques jours plus tôt. Une fausse information que l'état-major français avait par la suite démontée, en partageant une vidéo du groupe armé prorusse Wagner, qu'elle avait accusé par la même occasion d'avoir orchestré cette "manœuvre de décrédibilisation" et de mener ainsi une "guerre informationnelle".

Plus récemment, après avoir été accusée par Pavel Durov, fondateur de Telegram, d'avoir demandé à censurer sur cette plateforme des voix conservatrices en Roumanie, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a également été contrainte de sortir du bois publiquement pour apporter son démenti. Un exercice complexe auquel la France reste peu habituée mais qui, à l'approche des élections municipales et présidentielles en 2026 et 2027, sera assurément d'une grande utilité alors que les campagnes d'ingérence étrangère se multiplient à travers le monde.

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