L’Usine Digitale - Pourquoi avoir créé un anti-incubateur ? Qu’avez-vous contre les incubateurs ?
Michel Sasson – Je n’ai rien contre les incubateurs. "Anti" n’est pas pour "contre" mais pour "contraire". Dans les incubateurs des start-up sont au centre. Elles sont sélectionnées, sur un temps long, et on leur apporte du conseil, on les fait rencontrer des investisseurs...
Nous, nous plaçons le conseil au centre : les start-up viennent voir les experts dont elles ont besoin pour leur poser une question à laquelle on leur apporte une réponse en 15 minutes. Quinze experts étaient présents à cette première session : 12 techniques (API, Android, Cloud…) et 3 non techniques (droit, expérience utilisateur, modèle économique). Une vingtaine de start-up sont venues. A l’arrivée elles s’inscrivent à ces créneaux d’un quart d’heure.
On a prévu de faire ça tous les mercredis après-midi. On verra si c’est le bon format.
Comment les avez-vous fait venir ces start-up ?
Elles avaient entendu parler du projet, par le réseau Epitech ou par les réseaux sociaux. On va continuer d’informer sur ce nouveau concept via Facebook et Linkedin. On compte aussi sur le bouche à oreille. Les entrepreneurs viendront, parce que nous répondons à un besoin : une start-up nécessite l’aide de quelqu’un de très calé, pendant très peu de temps, pour répondre à une question précise : Quel langage choisir ? Quelle architecture ? Quelle marque déposer ? Sur quel territoire ?... C’est ce genre de problèmes qui les empêchent d’avancer. En un quart d’heure nous levons ces points de blocage.
Qui paye ?
Personne. C’est gratuit pour les start-up et les experts viennent gracieusement. C’est un service que nous rendions déjà aux élèves de l’Epitech via le hub d’innovation et que nous avons élargi. Les experts sont les techs mentors de l’innovation hub mais aussi des gens de l’extérieur. Parmi eux, Outscale pour les questions de Cloud, Witetic pour les questions de propriété intellectuelle, Judith Aquien sur les problématiques d’expérience utilisateur, La Fonderie sur les aides publiques… pour tous, comme pour l’Epitech d’ailleurs, il y a un effet de communication.
Derrière il y a aussi l’idée que les start-up, l’école et les industriels ont tout à gagner à travailler en commun. Il y a plus de logique à rapprocher les start-up des industriels que des investisseurs car notre écosystème a besoin de très peu d’argent mais de beaucoup d’intelligence.
A termes je voudrais créer un univers de confiance entre ces trois milieux. En créant au plus tôt la relation entre une start-up et un industriel, comme Bouygues par exemple qui vient de s’installer sur le campus, il peut devenir son accompagnateur, son premier client et éventuellement la racheter à la fin. Mais il ne faut pas qu’il la tue dans l’œuf. Je m’attache donc à lier des relations avec certains industriels dans lesquelles mon interlocuteur est le garant de la défense des intérêts de la start-up qu’on lui envoie alors qu’elle est encore très jeune.
Le modèle se rapproche un peu de ce qu’on observe dans la pharma : les gros labos ont du mal à innover mais ils développent des molécules en partenariat avec des petites biotech. Et tout le monde y gagne.
Propos recueillis par Charles Foucault.


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