“L’année 2023 marque une rupture après une décennie de croissance ininterrompue de l’accès aux financements externes, résume la Banque de France dans son dernier rapport annuel sur la situation financière des start-up, publié ce 11 juillet. Dans ce contexte, les entrepreneurs semblent avoir préservé leur trésorerie sans sacrifier à la croissance de l’activité et des emplois.” La banque centrale distingue une start-up d’une société traditionnelle à partir du moment où elle présente un fort potentiel de croissance, développe une technologie nouvelle et nécessite des financements souvent assurés par des levées de fonds.
Une croissance trois fois plus importante que les TPE et PME
Dans ce cadre, elle a collecté les bilans d’entreprise de 2295 start-up qui ont réalisé un chiffre d’affaires supérieur à 750 000 euros en 2022 ou en 2023 et/ou une levée de fonds supérieure à 3 millions d’euros. L’institution note que ces sociétés représentent “les start-up les plus matures de l’écosystème”, et non leur globalité : selon le dernier baromètre sur la performance économique et sociale des start-up, publié en octobre par EY et France Digitale, la France compterait autour de 13 000 jeunes pousses.
Ainsi en 2023, le chiffre d’affaires de ces 2295 start-up s’est élevé à 24,6 milliards d’euros, en hausse de 18,6% par rapport à l’année précédente. Ce taux de variation est plus de trois fois supérieur à celui des TPE (+5,5%) et des PME (+5%) de l’Hexagone. Même si les start-up analysées connaissent une certaine maturité, les disparités sont importantes : 25% des sociétés réalisent moins de 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires, tandis que les 23 entreprises les plus importantes réalisent un chiffre d’affaires moyen de 239 millions d’euros.
Les greentechs ont le vent en poupe, les fintechs sont plus timides
Dans le détail, le taux de croissance a été particulièrement marqué pour les start-up fournissant des solutions de mobilité (+39%), d’énergie et d’environnement (+27%) et dans l’alimentation (+25%). À l’inverse, les jeunes pousses spécialisées dans l’IoT et le hardware connaissent une croissance bien plus modérée (+5%), tout comme les fintechs (+7%) et les start-up d’e-commerce et de marketing digital (+13%). Les greentechs représentent aussi les plus fortes hausses d’effectifs et les montants levés les plus importants, comme Verkor, qui a levé 850 millions d’euros en septembre 2023.

Cette croissance pourrait surprendre, étant donné que les levées de fonds ont chuté de près de 40% en valeur l’année dernière. Une baisse qui s’explique par une diminution du ticket moyen, le nombre de levées de fonds étant quasiment identique à 2022 (-3%). La Banque de France observe une hausse des capitaux propres, à 17,3 milliards d’euros contre 15,9 milliards d’euros auparavant, avec une part de ces capitaux par rapport au total du bilan qui reste quasi-stable (40% vs. 42% en 2022).
La dette bancaire, à laquelle ont recours 83% des start-up étudiées, a augmenté de 5%, à 5,4 milliards d’euros. La trésorerie cumulée des jeunes pousses s’élève à 11 milliards d’euros, soit un montant quasi-identique à 2022. Près de deux start-up sur trois présentent enfin un résultat d’exploitation négatif, avec 5,6 milliards d’euros de pertes cumulées.
Une hausse des redressements et liquidations judiciaires
Les 2295 start-up analysées employaient à la fin de l’année dernière 109 600 personnes, soit 8 000 de plus qu’en 2022. L’Île-de-France concentre à elle seule près de 60% des emplois, suivie par la région Auvergne-Rhône-Alpes (9,6%) et l’Occitanie (7,3%). Certaines régions présentent une forte dynamique de recrutement, notamment dans les Pays de la Loire (+17%), en Bourgogne-Franche-Comté (+13%) et en Bretagne (+12%).
Malgré tous ces signaux positifs, la banque centrale a observé une hausse significative des défaillances à partir du deuxième trimestre 2023. Au total, 76 start-up ont fait l’objet d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire au cours de l’année. L’institution explique ce phénomène par un “retournement du capital-risque, qui a freiné les négociations avec les investisseurs”. 20% des start-up défaillantes étaient spécialisées dans la santé, ce qui constitue le secteur le plus touché.
Un ticket moyen en hausse de 11% au premier semestre 2024
Reste à savoir si ces tendances se confirmeront cette année. Au premier semestre 2024, les start-up françaises ont levé 4,2 milliards d’euros, soit un montant quasiment équivalent au premier semestre 2023, selon le dernier baromètre d’In Extenso Innovation Croissance, de l’ESSEC et de France Angels, publié le 10 juillet.
En revanche, contrairement à l’année dernière, le ticket moyen progresse de 11%, pour s’établir à 10 millions d’euros. Les auteurs du rapport observent ces six derniers mois un doublement des montants levés pour les deeptech développant des solutions d’intelligence artificielle (+121%) et un retour en force des start-up spécialisées dans les logiciels et dans la santé.


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