Le réseau social X visé par une plainte pour manipulation des algorithmes

Patron de Tesla, SpaceX, X ou encore xAI, Elon Musk irrite sérieusement les politiques en Europe ces dernières semaines. Agacée, l'eurodéputée Aurore Lalucq a décidé de se tourner vers l'Arcom et de porter plainte contre le réseau social X afin de déterminer si le milliardaire manipule effectivement les algorithmes de la plateforme à son avantage pour véhiculer ses propres idées.

X twitter
X twitter

"Face à la gravité de la situation, j’ai décidé de saisir l’Arcom". Aurore Lalucq, députée européenne et membre du parti politique Place publique, a décidé de confronter le réseau social X et son patron Elon Musk face à certains manquements et incohérences. L'eurodéputée estime que les algorithmes de la plateforme sont manipulés et a donc décidé de saisir le régulateur français de la communication audiovisuelle et numérique au titre du règlement européen sur les services numériques (DSA).

Le réseau social, véhicule idéologique de son propriétaire

"Je me rends compte que quand j'ouvre X aujourd'hui, je vois plein de tweets d'Elon Musk, alors que je n'ai pas demandé à voir ces messages, a-t-elle expliqué jeudi soir sur France Inter. Aujourd'hui, on n'a pas trop le choix que de les voir et ça interroge, quand on voit qu'il y a une entreprise assez idéologique de la part d'Elon Musk."

Au micro de BFM TV, Aurore Lalucq lâche : "Il est en train d'utiliser Twitter comme un véhicule idéologique (...) c'est lui qui définit l'agenda politique", en parlant d'Elon Musk. Ce dernier s'est en effet fait remarquer ces dernières semaines par sa virulence à l'égard de plusieurs politiques : traitant ici le chancelier allemand Olaf Scholz "d'imbécile incompétent" et rabaissant là le Premier ministre canadien Justin Trudeau au rang de "Meuf, tu n’es plus le gouverneur du Canada, ce que tu dis n’a donc aucune importance".

Emboîter le pas au Brésil

L'eurodéputée a donc décidé de prendre les devants avec pour objectif de défendre "les Européens et la démocratie". L'une des solutions serait de bloquer X s'il y a des violations répétées, à l'instar de ce qu'a fait le Brésil. Pour mémoire, l'affaire a débuté en août dernier. Alexandre de Moraes, juge à la Cour suprême brésilienne, avait alors ordonné à plusieurs reprises au réseau social de suspendre certains comptes appartenant à des personnalités d’extrême droite.

Dénonçant une "censure" au nom de la liberté d’expression, Elon Musk s’était vivement opposé à ces mesures et avait menacé de réactiver les comptes bloqués. Dans sa volonté de se faire entendre, le patron du réseau social a fait fermer les bureaux de X au Brésil dans la foulée. Le 31 août, la plateforme a été suspendue et rendue inaccessible aux citoyens brésiliens.

Ce n'est qu'en octobre dernier que la plateforme a été réouverte, le juge chargé de l'affaire estimant que la plateforme X avait rempli "toutes les conditions nécessaires" à son retour après s’être conformée à sa décision, comme le rapportait Reuters, en payant les amendes, en nommant un nouveau représentant dans le pays et en bloquant les comptes accusés de faire de la désinformation à la demande de la Cour suprême du Brésil.

Défendre l'Europe et ses habitants

En Europe, la machine est plus longue à enclencher. La Commission européenne a lancé une enquête au sujet de X en décembre 2023 et les résultats sont attendus avec impatience. En juillet dernier, la Commission européenne a présenté à la plateforme des constatations provisoires concernant d’éventuelles violations du DSA. "Depuis lors, X a le droit d’examiner le dossier et de soumettre des observations, qui sont actuellement en cours d’examen", indique-t-elle.

La Commission est déterminée à conclure cette affaire "rapidement et en toute légalité". De son côté, si l'Arcom juge la plainte de l'eurodéputée recevable, elle pourra enclencher sa propre procédure au niveau français, un moyen comme un autre d'accélérer sur la question de vie ou de mort à l'encontre du réseau social en Europe.

Une influence sur les élections législatives allemandes

Plusieurs exemples ont été relayés ces dernières semaines, appuyant l'idée que le propriétaire de X manipulerait son réseau social pour faire apparaître ses tweets plus que d'autres. En décembre, les députés européens du parti conservateur allemand CDU ont interpellé la Commission européenne, lui demandant d’examiner la visibilité des publications d'Elon Musk sur X.

Le milliardaire avait précédemment écrit à ses plus de 200 millions de followers : "Seule l’AfD peut sauver l’Allemagne". Une annonce qui a fait sensation dans la campagne électorale du Bundestag, parlement du pays, alors que les élections doivent se tenir le 23 février prochain. Lors d'un échange avec la dirigeante du parti Alice Weidel, il a réitéré ses propos : "Les gens doivent réellement se ranger derrière l'AfD, sinon la situation va vraiment, vraiment empirer en Allemagne".

En conclusion, l'UE doit donc batailler pour garder deux flammes en vie : celle de la démocratie et celle de la souveraineté numérique. Reste que le Vieux Continent, aussi empli de sagesse soit-il, est pris à la gorge par un contexte économique et géopolitique complexe et tendu. D'un côté, les Etats-Unis bientôt à nouveau entre les mains de Donald Trump qui liste déjà ses premières actions en tant que président. De l'autre, la guerre entre la Russie et l'Ukraine qui ne se tarit pas, plus de deux ans après l'invasion lancée par Vladimir Poutine.

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