Jared Kushner a beau se vanter d'avoir acquis Electronic Arts (EA) pour 55 milliards de dollars aux côtés de Silver Lake et du fonds public d'investissement saoudien (PIF), tout le monde ne voit pas ce changement de propriétaire d'un bon œil. Aux Etats-Unis, les sénateurs démocrates Elizabeth Warren et Richard Blumenthal s'inquiètent de voir le studio de jeu vidéo perdre son "indépendance éditoriale" et devenir un moyen d'influence étrangère pour l'Arabie Saoudite. C'est ce qu'ils ont expliqué dans une lettre adressée au secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, et au PDG d'EA, Andrew Wilson, a rapporté le site d'information spécialisé 404 Media mercredi 15 octobre.
"Normaliser son image mondiale"
Annoncé fin septembre, ce rachat devrait être finalisé au premier trimestre 2027 et "est soumis aux conditions de clôture habituelles, notamment l'obtention des autorisations réglementaires requises et l'approbation des actionnaires d'EA", avait fait savoir Electronic Arts dans un communiqué. Néanmoins, les sénateurs veulent prendre les devants. "La transaction proposée présente un certain nombre de risques importants en matière d'influence étrangère et de sécurité nationale, à commencer par la réputation du PIF en tant que bras stratégique du gouvernement saoudien", expliquent-ils dans leur courrier.
Ils y détaillent, pour appuyer leurs propos, les nombreux investissements saoudiens de ces dernières années dans le sport, les jeux vidéo et la culture, de puissants vecteurs de soft power "qui ne visent pas seulement des rendements financiers". Electronic Arts était d'ailleurs en difficulté depuis quelque temps et a été largement survalorisé dans le cadre de son rachat. Pour Elizabeth Warren et Richard Blumenthal, l'Arabie Saoudite cherche donc à "normaliser son image mondiale, à étendre son rayonnement culturel et à gagner en influence dans les domaines qui façonnent la manière dont des milliards de personnes communiquent et interagissent".
Une diversification aux forts accents vidéoludiques
Mais au-delà de leurs préoccupations en matière de soft power, les deux élus américains craigne tout simplement qu'EA ne "cesse d'exercer son indépendance éditoriale et opérationnelle sous le contrôle de l'actionnaire majoritaire privé saoudien". Ils alertent aussi sur "les risques pour la sécurité nationale que représentent l'accès et l'influence incontrôlée du gouvernement saoudien sur les informations personnelles sensibles collectées auprès des millions d'utilisateurs d'EA, son développement de technologies d'intelligence artificielle (IA) et la conception et l'orientation des produits de l'entreprise".
En plus de chercher à se racheter une conduite sur la scène internationale après l'assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi, l'Arabie Saoudite a en effet entrepris un vaste plan de diversification de son économie, principalement dépendante des hydrocarbures, à l'horizon 2030. Sous l'impulsion du prince héritier Mohammed Ben Salman, dit "MBS", le jeu vidéo et l'e-sport sont au premier plan. Ces dernières années, la pétromonarchie a acquis le studio Scopely, pris des participations dans des mastodontes du secteur comme Nintendo, organisé la compétition Esports World Cup, racheté les organisateurs de tournois ESL et Faceit, ainsi que l'événement EVO...


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