Décryptage

French Tech : Avec 8,1 milliards d'euros récoltés en 2024, la décrue des levées de fonds se poursuit

822 levées de fonds ont été réalisées par les start-up françaises l'année dernière, soit 18% de moins qu'en 2023. Malgré de sérieux tours de table bouclés par certaines sociétés d'intelligence artificielle et des greentechs, le rebond tant espéré n'a pas eu lieu. Un chiffre qui témoigne, certes, d'une frilosité des investisseurs, mais aussi d'un recours moins systématique aux levées de fonds par les start-up, priorisant par exemple la rentabilité.

Coq French Tech
Coq French Tech

Du 1er au janvier au 31 décembre 2024, les start-up de l'Hexagone ont levé 8,1 milliards d'euros à travers 822 opérations, en baisse de 10% en valeur et de 18% en volume par rapport à 2023. Des données issues du baromètre annuel des levées de fonds du cabinet In Extenso Innovation Croissance, réalisé en partenariat avec l'Essec et France Angels.

HR-Path, Poolside et Mistral sur le podium

Les montants levés par les start-up s'éloignent encore plus des niveaux de 2022, année record avec 13,6 milliards d'euros récoltés. À noter néanmoins une augmentation du ticket moyen, qui grimpe de 14% pour s'établir à 11,4 millions d'euros. Avec 2,5 milliards d'euros captés, les start-up spécialisées dans les logiciels d'entreprise sont les plus représentées (+34% vs. 2023), suivies par les greentechs (1,6 milliard d'euros) et les fintechs (1,2 milliard d'euros).

La palme de la levée de fonds la plus importante de l'année revient à HR-Path, avec 500 millions d'euros. Cette dernière propose à la fois du conseil en RH, des logiciels de gestion RH et de l'externalisation de bulletins de paie. Les sociétés d'intelligence artificielle Poolside – qui a transféré son siège à Paris – et Mistral complètent le podium, avec respectivement 475 millions et 468 millions d'euros levés. Les greentechs Electra (304 millions d'euros) et Hysetco (200 millions d'euros) tirent également leur épingle du jeu, tout comme l'assurtech Alan (173 millions d'euros) et la start-up New Space The Exploration Company (150 millions d'euros).

Un net ralentissement au cours du deuxième semestre

“Le premier semestre était encourageant avec un maintien du niveau d'investissement de l'année précédente dans nos start-up, fait remarquer Jacques Meler, coprésident de France Angels. En revanche, le second semestre marque un tassement très net sans aller au décrochage.” Ce constat s'explique en partie par un contexte politico-économique bien plus incertain depuis la décision du chef de l'État de dissoudre l'Assemblée nationale, le 9 juin dernier. Certains groupements d'entreprises, incubateurs et fonds d'investissement avaient alors fait part de fortes inquiétudes.

Les auteurs du baromètre observent néanmoins quelques signaux positifs : “Le maintien de la dynamique des opérations d'amorçage ainsi que la constitution de nouveaux fonds de capital-risque sur la période apportent des perspectives positives pour 2025”, explique Nicolas Forey, président d'In Extenso Innovation Croissance. Les financements en seed, d'un montant de moins de 2 millions d'euros, ont en effet capté plus de 40% des opérations. Parmi les nouveaux fonds de venture capital figurent notamment ceux des Français Kurma Partners et Axeleo Capital, ou du britannique Atomico.

Les levées de fonds ne sont pas impératives pour réussir

Dans certains secteurs, comme ceux des biotechnologies ou des deeptechs, les levées de fonds sont bien souvent primordiales pour disposer de moyens nécessaires en R&D, avant d'acquérir une certaine maturité. En revanche, la raréfaction des investissements au niveau global ne signifie pas que la French Tech est en mauvaise santé.

En plus d'être chronophage, la réalisation d'une levée de fonds complique de facto l'objectif de rentabilité d'une start-up. À l'inverse, les sociétés les plus performantes, ayant atteint cette rentabilité, voient moins d'intérêt à obtenir de nouveaux financements. En outre, certaines jeunes pousses ne préfèrent pas faire appel à d'autres investisseurs, dans le but d'éviter une dilution. Quelques sociétés solides, en particulier celles œuvrant dans des secteurs sensibles et stratégiques, optent enfin pour une levée de fonds “limitée”, avec des investisseurs uniquement français.

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